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Confrontée
aux réticences des
Etats et à la méfiance
des opinions publiques,
la Commission européenne
a fort à faire pour
développer la commercialisation
et la culture des
Organismes Génétiquement
Modifiés. Mais elle
ne renonce pas,
quitte à faire des
concessions...apparentes.
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Sur le thème polémique de
l’autorisation des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) dans l’Union
européenne, la Commission tente une nouvelle stratégie pour contourner
l’opposition de certains états et des opinions publiques.
Il y a quelques années, sous la pression des Etats-Unis qui
déposent plainte sur plainte devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC),
la Commission européenne a mis fin au moratoire de l’Union européenne sur la
commercialisation d’OGM, en autorisant la commercialisation d’une variété de maïs transgénique produit
par Syngenta. Depuis, d’autres autorisations ont été accordées, comme, par
exemple, au maïs transgénique 810 produit par Monsanto. Ces autorisations ont
souvent été rendues possibles par les dissensions entre les états qui ont été
incapables de réunir la majorité requise pour s’y opposer.
Mais certains pays ont
alors eu recours à la clause de sauvegarde prévue par la législation
communautaire (Article 23 de la directive 2001/18 -2- ) pour interdire sur leur territoire la
commercialisation d’OGM. C’est le cas de la France, notamment (ainsi que de
l’Autriche, de la Grèce, de la Hongrie, de l’Allemagne et du Luxembourg)
(3).
En ce qui concerne
l’autorisation de la culture d’OGM, l’Union européenne ne suit pas l’évolution
mondiale. Le site GMO compass (4) nous apprend que la culture d’Organismes
Génétiquement Modifiés a progressé globalement dans le monde en 2009 par
rapport à ce qu’elle était en 2008 : plus 3% dans les pays industrialisés
et plus 13% dans les pays en développement. Environ 77% de la culture mondiale
de soja est constituée par des OGM et 49% de celle de coton. Aux Etats-Unis,
88% du maïs, du coton et de soja sont génétiquement modifiés. Mais un petit
bout de continent fait de la résistance. La surface de cultures d’OGM a diminué
dans l’Union européenne en 2009, passant à 94,750 hectares en 2009 contre 107,717 en 2008 et 110,050 hectares en
2007. Ce qui s’explique par les restrictions ou interdictions pratiquées par
certains états, par l’adoption de règles plus strictes en matière de
coexistence des cultures traditionnelles et d’OGM. Résultat : même dans un pays jusque là largement ouvert
aux OGM comme l’Espagne la culture de maïs OGM Bt a décru de 4% (elle
représente cependant encore 22% de la production de maïs totale du pays).
De quoi énerver les géants de l’agroalimentaire et
stresser MM.Barroso et John Dalli (ce dernier est commissaire à la santé et
chargé du dossier des OGM).
Et, comme il est difficile
de rester minoritaires, en avril de cette année, après douze ans de moratoire,
la Commission a autorisé la culture d’une pomme de terre OGM nommée Amflora et
conçue par la société allemande BASF. La décision a été très critiquée et
l’organisation Greenpeace a immédiatement lancé une pétition (5). Celle-ci a
pour but de recueillir le million de signatures nécessaires (6) pour demander à
la Commission un moratoire, afin de mettre
en place une recherche scientifique et éthique sur l’impact des cultures d’OGM et une réglementation modifiant
le processus d’autorisation.
De son côté la Commission
européenne s’efforce d’éteindre la mèche en misant sur une introduction des
cultures d’OGM « à la carte ». C’est ainsi que le 02/03/2010, à
l’occasion de l’annonce de l’autorisation de la culture d’Amflora, la
Commission européenne a annoncé, sans doute dans l’espoir de faire passer une
pilule amère, qu’elle présenterait avant l’été une
proposition qui laisserait aux états membres plus de latitude pour décider de
cultiver ou non des OGM. L’annonce a été confirmée ensuite dans une
dépêche de l’agence Reuters du 04/06/2010. La Commission espère ainsi amadouer
les états et en terminer avec les discussions sans fin sur l’évaluation des
risques qui entourent la mise en œuvre des clauses de sauvegarde. Celle-ci
seraient plus faciles à appliquer (ce qui nécessitera la révision de la
directive 2001/18) et en contrepartie, la procédure communautaire
d’autorisation serait simplifiée. Comment ? Telle est la question. Car on
peut redouter que, sous couvert de simplification, le but soit de mettre en
place des procédures moins contraignantes pour la Commission. Il faut cependant
attendre la présentation de la proposition.
Le parcours du texte risque ensuite d’être chaotique.
Les organisations de protection de l’environnement
comme Greenpeace, tout en approuvant le principe du choix laissé aux états, ont
déjà exprimé leur méfiance car elles craignent que la proposition n’ouvre une
boite de Pandore, la Commission ne cherchant en fait qu’à accélérer
l’autorisation des cultures d’ OGM et à terme, à la généraliser par la
politique du fait accompli. Car, comment éviter la contamination des cultures
traditionnelles ou biologiques par la dissémination des semences génétiquement
modifiées ? Or, la question de la contamination des cultures et de la
façon de la prévenir reste à ce jour posée.
Mais la
Commission européenne va devoir aussi compter avec l’opposition des états qui,
certes, peuvent être séduits par la marge d’appréciation qui leur est reconnue,
mais n’en sont pas moins demandeurs de règles d’évaluation plus strictes. Lors
de sa réunion du 20/10/2008, le Conseil avait émis de sérieuses réserves sur
les procédures européennes d’évaluation des risques (7). Il avait demandé un
changement de méthode qui permette de renforcer l'évaluation environnementale
des plantes génétiquement modifiées (PGM) ainsi qu'une plus grande
harmonisation des pratiques et des méthodes.
Enfin, la Commission ne peut ignorer la méfiance de
l’opinion publique, dont le Parlement européen, qui devra aussi se prononcer
sur la proposition, pourrait se faire l’écho. Surtout si une initiative
citoyenne vient en renfort.
11/06/2010
Actualisation
le 13/07/2010:
La Commission européenne a
présenté le 13/07/2010 sa proposition de révision des règles d’autorisation des
OGM dans l’Union européenne. Le texte prévoit que les états seront libres
d’autoriser, de limiter ou d’interdire la culture d’ OGM sur leur territoire.
Le système d’autorisation déjà en place qui présuppose une évaluation des risques pour la santé et
l’environnement reposant sur des données scientifiques sera maintenu mais les pays
se voient reconnaître une plus grande marge de manoeuvre dans la mesure où ils
pourront prendre en compte d’autres considérations tirées des spécificités locales, régionales et
nationales lors de l'adoption de mesures sur la coexistence des cultures. Les
états pourront aussi prendre des mesures pour maintenir la teneur en OGM des
denrées alimentaires et des aliments pour animaux conventionnels à des niveaux
inférieurs au seuil d'étiquetage de 0,9 %. Ils pourront également établir des
zones «sans OGM»
1 – Voir
les règles et leur application dans le cas des autorisations d’OGM
2 –
Directive 2001/18 du 12 mars 2001 relative à la dissémination
volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement et
abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil
3 -
Pour plus d’informations sur la
question : dossier OGM
4 - gmo-compass.org
6 – En application des règles sur l’initiative
législative prévue par le traité de Lisbonne
7 - Session du Conseil
Environnement, Luxembourg, 20 octobre 2008, communiqué, 13857/08 - Presse 282.
Principe de précaution et OGM, dernières
illustrations
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