|
A
la
suite de la
crise de 2008,
le travail des
agences de notation
a fait l’objet
d’un soudain
intérêt général,
dont elles se
passeraient
bien sans doute.
Elles sont en
effet accusées
d’avoir sous
estimé le risque
des actifs titrisés
et donné une
note excellente
aux crédits
subprimes, contribuant
ainsi au marasme
financier.
|
A
la suite de la crise de 2008,
le travail des agences de notation
a fait l’objet d’un soudain
intérêt général. Le travail
de ces organismes est d’évaluer
des produits financiers, et
de délivrer des avis « indépendants
» (du moins sensés l’être) sur
la capacité de remboursement
d’une entreprise ou d’un état
(dette souveraine) Pour ce faire,
elles délivrent des notes qui
indiquent aux investisseurs
les risques qu’ils prennent
en achetant des produits financiers
ou des emprunts d’état. Avant
la crise, les agences de notation
travaillaient dans une relative
et confortable discrétion, seules
les personnes s’intéressant
aux marchés suivant leur activité.
Mais les voilà depuis deux ans
sous les feux des projecteurs. Elles
sont accusées d’avoir sous estimé
le risque des actifs titrisés
et donné une note excellente
aux crédits subprimes, contribuant
ainsi au marasme financier
Sont en cause les modèles mathématiques
utilisés par les agences et
leur dépendance des clients
qu’elles évaluent.
L’exaspération
contre les agences de notation
Un
rapport actuellement en examen
au Parlement européen (1) administre
une volée de bois vert aux agences
de notation accusées d’ajouter
de la crise à la crise :
Aujourd'hui, fait remarquer
le rapporteur, des Etats
de l'Union européenne
– « à l'exemple de l'Espagne
récemment - voient leur note
dégradée du fait de leur situation
budgétaire précaire. Conséquence
directe, les taux d'intérêts
augmentent, rendant plus difficile
le remboursement de la dette
publique et mettant encore plus
la tête sous l'eau aux gouvernements
en difficulté ».
Au
nombre des critiques qui leur
sont adressées, citons celles
du Comité Economique et Social
européen qui dans un avis du
08/12/2010, rendu public le
09, dresse un réquisitoire assez
complet de ce qui est reproché
aux agences. (2) L’avis constate
tout d’abord que la crise de
la notation des produits dérivés
complexes a matériellement contribué
à la crise. Il rappelle que
« Le groupe Larosière a constaté
de graves manquements de la
part des agences de notation
du crédit en ce qui concerne
les produits complexes dérivés
(3). Ceux-ci concernent notamment
les méthodes de notation utilisées,
le manque d’informations et
de transparence et les conflits
d’intérêt manifestes ».
Car les agences évaluent des
produits et sont payées par
leurs concepteurs et vendeurs.
Ce qui, on le comprend, les
incite à donner des
notes élevées, même si les produits
sont complexes et risqués. Le
rapporteur à l’origine de l’avis,
M. Carmelo Cedrone (Groupe "Salariés",
Italie) soulignait lors de sa
présentation à la presse : "Très
souvent, les appréciations de
la dette souveraine établies
par les agences engendrent la
spéculation, car ces notations
ne sont pas objectives. Nous
pensons qu'il ne faut pas autoriser
les agences à formuler ce genre
de jugements". L'avis
du CESE dénonce l’existence
d’un oligopole « nous nous
trouvons face à un véritable
oligopole, étant donné que seules
trois agences contrôlent environ
90 % du marché de la notation
du crédit: Moody’s, Standard
& Poor’s et Fitch (quasiment
toutes américaines). Elles ont
joué un rôle important dans
le développement de la crise
financière et économique qui
a touché le monde entier. Alors
que le modèle «émetteur-payeur»
fonctionne relativement bien
pour la dette souveraine ou
l’endettement des entreprises,
il a fait naître un conflit
d’intérêts majeur dans le domaine
de la notation des instruments
dérivés complexes, créant ainsi
un cercle vicieux qui compromet
la transparence des opérations
effectuées ». Pour le contrecarrer,
l'avis demande la création d'agences
indépendantes au niveau européen.
: "En matière de notation,
il est fondamental d’instaurer
davantage de concurrence entre
agences de notation indépendantes
les unes des autres ainsi que
de tiers. Le CESE propose dès
lors que l’on prenne en considération,
en cas de retard ou d’absence
d’accord au niveau international,
la possibilité de favoriser
la création d’une agence européenne
spécifique pour la dette souveraine
et la mise en place d’une agence
européenne qui fasse autorité
en matière de notation du crédit
ordinaire, dans le but de susciter
une concurrence accrue dans
ce secteur". Enfin, Il
prône la fin du système d’autoréglementation
qui s’applique au secteur
et un durcissement de la réglementation
et de la surveillance des agences.
Car rien n’a changé, constate
le CESE : « comme si rien
ne s’était passé, ces agences
continuent à émettre des notes
d’appréciation qui ne sont pas
forcément objectives. C’est
ainsi que le 26 avril dernier,
la Standards & Poor’s a
déclassé la notation de la dette
grecque au niveau de celle de
l’Azerbaïdjan bien que l’Union
européenne ait dégagé 110 milliards
d’euros en faveur de la Grèce
».
Une
réglementation européenne récente
L’avis
du Conseil économique et social
européen porte sur une proposition
de réforme de la législation
existante au niveau de l’Union
européenne, législation tout
à fait récente.
En
2009, le Conseil et le Parlement
européen ont adopté un règlement
qui encadre l’activité des agences
de notation. (4). Il s’applique
aux notations de crédit émises
par des agences de notation
enregistrées dans l’Union européenne
et communiquées au public
ou diffusées sur abonnement.
Il instaure une procédure d'enregistrement
préalable des agences de notation
auprès d'une instance unique.
La demande d’enregistrement
doit être adressée au
Comité européen de régulation
des valeurs mobilières (CERVM)
(5), en fournissant, entre autres,
des informations sur leur siège,
leur statut juridique, leurs
méthodes d’émission des notifications,
et leurs politiques et procédures
de gestion des conflits d’intérêts.
Le CERVM transmet la demande
à l’autorité compétente de l’
État membre d’origine, qui procède
à l’enregistrement. Dans le
cas d’une demande d’enregistrement
soumise par un groupe d’agences,
les autorités nationales compétentes
conviennent conjointement de
l’octroi ou du refus d’enregistrement.
Pour les agences de notation
établies hors de l’Union européenne,
le règlement prévoit un système
d’équivalence (entre les dispositifs
de surveillance de l’UE et du
pays d’origine de l’agence)
et d’octroi d’une certification
quand l’équivalence est reconnue.
Le
règlement contient également
des dispositions pour assurer
l’indépendance des agences de
notation et prévenir les conflits
d’intérêts : « Une agence
de notation de crédit prend
toute mesure nécessaire pour
garantir que l’émission d’une
notation de crédit n’est affectée
par aucun conflit d’intérêts
ni aucune relation commerciale,
existants ou potentiels, impliquant
l’agence de notation de crédit
émettant cette notation, ses
dirigeants, ses analystes de
notation, ses salariés, toute
autre personne physique dont
les services sont mis à la disposition
ou placés sous le contrôle de
l’agence de notation de crédit
ou toute personne directement
ou indirectement liée à elle
par une relation de contrôle
». Une annexe donne la liste
des exigences à satisfaire pour
remplir cet objectif.
Enfin,
le règlement impose des obligations
de publicité concernant les méthodes et les
hypothèses utilisées pour la
notation.
Les États membres
doivent déterminer des sanctions
« effectives, proportionnées
et dissuasives » en cas de violation
du règlement.
Ces
règles sont en application depuis
décembre 2010 (le 07/12). De
plus, une proposition de règlement
adoptée par le Parlement européen
le 15/12/2010 confie la
supervision des agences de notation
à la nouvelle Autorité européenne
des marchés financiers (ESMA
selon le sigle anglais) créée
en novembre 2010 (6). L’AEMF
controlera les agences de notation
dont les notations peuvent être
utilisées dans route l’Union
européenne. A cette fin, elle
aura le pouvoir de demander
des informations, de lancer
des enquêtes et de procéder
à des inspections sur site (7).
Elle pourra imposer des
amendes en fonction du type
d'infraction, de la taille des
agences de notation de crédit
et des circonstances aggravantes
ou atténuantes qui sont
prévues dans le règlement, ces
amendes pouvant aller jusqu'à
20 % du chiffre d'affaires de
l'année précédente. Ce texte
doit être approuvé par le Conseil
ce qui est une formalité dans
la mesure où il a déjà fait
l’objet d’un compromis avec
le parlement européen avant
le vote du 15/12. L’AEMF est
opérationnelle depuis janvier.
Suite
de l'article
1
- Rapport
d'initiative, élaboré par Wolf
Klinz
(ADLE, DE), Commission des affaires
économiques et financières du
Parlement européen
2
– Avis
du Comité économique et social
européen sur la Proposition
de règlement du Parlement européen
et du Conseil modifiant le règlement
(CE) n° 1060/2009 sur les agences
de notation de crédit,
08/12/2010, ECO/280, sur rapport
de M.Carmelo Cedrone
3
– Le Groupe Larosière est
un groupe d’experts constitué
à l’initiative de la Commission
européenne pour réfléchir à
la régulation du secteur financier.
Il a a rendu son rapport
le 25/02/2009. Voir sur ce site
: Fiscalité
et préparation du G20 au menu
de l’Union européenne
4
- Règlement
n° 1060/2009 du 16 septembre
2009 sur les agences de notation
de crédit
5
- Décision
2001/528 de la Commission du
06/06/2001 instituant le comité
européen des valeurs mobilières
6
– Règlement
n°1092/2010 du 24/11/2010 instituant
une Autorité européenne de surveillance
(Autorité européenne des marchés
financiers), modifiant la décision
no 716/2009/CE et abrogeant
la décision 2009/77/CE de la
Commission
Site
7
- Résolution
législative du Parlement européen
du 15 décembre 2010
sur la proposition de règlement
du Parlement européen et du
Conseil modifiant le règlement
(CE) n° 1060/2009 sur les agences
de notation de crédit
|