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Le
15/01/2008,
la Food and Drug administration des États Unis a autorisé la commercialisation
de produits issus d’animaux clonés.
Sans doute soucieuse de ne pas être en retard dans la course
au progrès ( !), l'Autorité européenne chargée de la sécurité des aliments
(EFSA) qui avait été chargée d'un rapport sur les dangers éventuels du clonage,
avait, dans un point presse du 11/01 présenté les premières conclusions de son
projet d’avis « sur les
conséquences du clonage animal sur la sécurité des aliments, la santé et le
bien-être des animaux et l'environnement ». Elle s’ y montrait très
rassurante en expliquant notamment : « il est très improbable qu’il y
ait une quelconque différence en termes de sécurité des aliments entre les
produits alimentaires issus de clones et de leur progéniture, par rapport à
ceux dérivés d’animaux reproduits de manière classique » (1).
Toutefois, il ne s’agit à ce stade que d’un projet d’avis et
une consultation publique a été lancée le 11 afin de recueillir commentaires et
opinions sur cette question ( les
commentaires peuvent être soumis jusqu’au 25 février 2008, via le site internet de l’EFSA) (2).
Pourtant,
peu de jours après, le 14/01, la Commission européenne a présenté une
proposition de modification du règlement communautaire sur les « nouveaux aliments »,
c’est-à-dire les denrées alimentaires très peu ou pas consommées avant 1997 (3). La définition inclut notamment « les aliments issus de végétaux
et d'animaux produits au moyen de techniques de reproduction non
traditionnelles et les aliments modifiés au moyen de nouveaux procédés de production
tels que les nanotechnologies et les nanosciences, qui peuvent avoir un effet
sur les aliments ». Bien que le mot « clone » soit évité
(certainement pour ne pas faire de remous et inquiéter les consommateurs), il
est difficile de penser que les nouveaux aliments dans cette définition
n’incluent pas les produits issus de clonage. La proposition consiste à
remplacer la procédure d’autorisation actuelle (évaluation initiale par un État membre et transmission
pour avis aux autres États) par une procédure d’autorisation européenne :
la demande d'autorisation sera adressée à la Commission et l'Autorité
européenne de sécurité des aliments (EFSA) effectuera l'évaluation scientifique
du produit.
Cette annonce à de quoi étonner alors que le débat
sur les OGM continue (4), que la consultation lancée par l’EFSA vient à peine
de débuter et que, de manière générale, l’opinion publique est très méfiante à
l’égard des « nouveaux aliments ». Pourquoi tant de
précipitation ?
Du coup, le Groupe européen d’éthique des sciences et des
nouvelles technologies (GEE), une instance composée de 15 experts pluridisciplinaires
nommés par la Commission européenne, fait irruption dans le débat de façon
éclatante par un avis du 16/01(5). Le communiqué qui présente cet avis à la presse exprime les
doutes du Groupe sur la conformité à l’éthique du clonage animal à des fins
alimentaires « compte tenu de l'ampleur actuelle des souffrances et des
problèmes de santé des animaux porteurs et des animaux clonés » et affirme ne « pas voir d'arguments
convaincants justifiant la production de nourriture à partir de clones et de
leur progéniture ».
De quoi faire réfléchir la Commission européenne et opter
pour l’attentisme sans doute. Mais il reste la menace d’une riposte des
Etats-Unis qui pourraient déposer une plainte devant l’Organisation Mondiale du
Commerce, grossissant ainsi le contentieux déjà fourni entre l’Union et les Etats-Unis (notamment sur les
restrictions européennes aux OGM).
18/01/2008
1 - Voir le
compte rendu du point presse : et
le texte du projet d’avis
2 - Consultation
lancée par l'EFSA
3 -
COM(2007) 872 final
4 - Voir: La France décide un moratoire sur le maïs génétiquement
modifié MON 810
5 - Avis
du GEE
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