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Les perspectives financières
sont le cadre dans lequel s’inscrit le budget
de l’Union européenne. Fruit d'un accord
entre les trois institutions européennes
(Commission, Conseil, Parlement européen) ,
elles fixent pour une période pluriannuelle
des plafonds par grande catégorie de dépenses
et un plafond général pour les recettes. De
nouvelles perspectives financières doivent
être arrêtées pour la période 2007-2013. Les
défis auxquels se trouve confrontée l’Union
sont nombreux : performances médiocres en
matière de croissance économique et nécessité
de réussir l’élargissement ce qui passe
logiquement par un effort important de
solidarité européenne pour permettre aux
nouveaux états membres de rattraper le retard
structurel sur les pays les plus riches.
A cette fin, la Commission européenne avait
présenté des propositions le 14/07/2004 (1),
modifiées le 12/04/2005 (2). Elle y proposait
de concentrer l’action de l’Union européenne
sur quelques objectifs prioritaires pour
lesquels elle prévoyait un financement total
de 1022 milliards d’euros en crédits
d’engagement (3). A cette fin, la Commission
soulignait la nécessité d’augmenter les
ressources de l’Union européenne afin de
donner à celle-ci les moyens des ambitions
affichées. Comparativement aux états l’Union
européenne dispose d’un budget très réduit (à
peine plus de 1% du PIB communautaire, alors
que les budgets des états atteignent en
moyenne 45% du revenu national). Les
ressources communautaires sont de plus
limitées par un plafond qui a été fixé à 1,27%
du revenu national brut.
Or l’élargissement aggrave les charges. La
Commission européenne proposait donc, sans
toucher au plafond de ressources, d’augmenter
le pourcentage qui passerait à 1,24 % du RNB
de l'Union européenne (5).
Mais cette proposition était
loin d'emporter l'adhésion des états membres
et, en juin 2005, la négociation des
perspectives financières s'était
soldée par un échec retentissant.
Annoncé à grand fracas comme un sommet
quasiment de la dernière chance, le Conseil
européen des 15 et 16 décembre 2005 est
finalement parvenu à un accord (6)
Une nouvelle crise a donc été évitée, ce qui est
en soi un motif de satisfaction. Et cela a été
rendu possible par le courage politique de Tony
Blair qui, allant à l’encontre d’une opinion
anglaise largement eurosceptique, a accepté de
revoir à la baisse le montant du rabais sur la
contribution au budget européen qui est accordé au
Royaume-Uni depuis 1984. Le rabais sera donc
réduit de 10,5 milliards d'euros sur sept ans, et
cette somme sera consacrée à l'aide aux dix pays
qui ont rejoint l'UE l'an dernier. En
contrepartie, les états membres ont décidé de
remettre à plat le budget en 2008-2009, ce qui
ouvre la porte à une renégociation des dépenses de
la Politique Agricole Commune chère au cœur de la
France. Celles-ci pourraient baisser après 2013
(c’est-à-dire à la fin de la période 2006-2013
durant laquelle la PAC ne peut être remise en
cause en vertu des engagements pris par les
états membres lors de la dernière réforme).
Il reste à savoir si les sommes que va consacrer
l’Union européenne à ses politiques seront
suffisantes pour répondre aux défis quelle doit
relever, notamment l’intégration des nouveaux
membres, et le respect de la stratégie de Lisbonne
pour assurer compétitivité et croissance à
l’Union.
Le plafonnement des dépenses est de 1,045% du PIB
de l’Union (862 363 millions d’euros) soit plus
que ce proposait la présidence britannique (1,03%)
mais beaucoup moins de ce qu’avait proposé la
Commission et de nombreux états qui évoquaient en
juin 1,06% . Le Parlement européen voyait pour sa
part dans ce pourcentage de 1,06% un minimum (7).
Les principaux postes de dépenses sont les
suivants (montants arrondis):
-
- Compétitivité et croissance, stratégie de
Lisbonne : 72 milliards d'euros
-
- Croissance et initiatives en faveur de
l'emploi, politique de développement régional
: 308 milliards
-
- Agriculture, développement rural,
environnement : 293 milliards
-
- Justice, affaires intérieures, y compris
immigration et lutte contre le terrorisme : 10
milliards
-
- Action extérieure : 50 milliards
-
- Administration, personnel : 50 milliards
En ce qui concerne l’élargissement, plus de 155
milliards d'euros vont être affectés au
développement des 12 nouveaux pays membres
(Bulgarie et Roumanie comprises), une enveloppe
saluée comme étant d’une ampleur inédite.
Quant aux autres politiques, l’essentiel du budget
reste très largement orienté sur les dépenses
agricoles et l’aide au développement
régional, mais la recherche fait, une fois de
plus, figure d’oubliée. Donc, en dépit des appels
régulièrement lancés par la Commission ou par les
états membres (on se souvient que Tony Blair dans
son discours de juin avait fait de la recherche
une priorité), le Conseil a préféré financer les
politiques traditionnelles plutôt que d’investir
davantage dans la recherche pour permettre à
l’Union de rattraper son retard notamment
vis-à-vis des Etats-Unis . En fait, faute d’accord
sur un budget plus ambitieux, ce sont des
politiques d'avenir, la recherche, mais aussi
l'éducation, le social, les grands réseaux
d'infrastructure et la politique étrangère qui
sont hypothéquées.
Dans
la nuit du 4 au 5 avril 2006, les institutions sont finalement parvenues à un
compromis sur les
perspectives financières, mais cet accord n’a pu être obtenu
qu’au prix d’un recul du Parlement européen qui a du revoir -encore- ses
demandes à la baisse. Au lieu des 12 milliards d'euros supplémentaires que les
eurodéputés demandaient d’ajouter au budget de 862,4 milliards d’euros décidé
en décembre 2005 par le Conseil, ce sont finalement 4 milliards de plus qui ont
été ajoutés. Ces fonds supplémentaires iront essentiellement à des programmes
d’éducation comme ERASMUS (on estime que 40 000 étudiants supplémentaires
pourront ainsi aller étudier à l’étranger), à la recherche et aux aides
aux PME. Les réserves de la Banque
européenne d'Investissement sont augmentées de
2,5 milliards d'euros pour financer
les programmes en faveur de la recherche et du développement, les
réseaux de transport et les aides aux petites entreprises.
En
contrepartie de la concession faire par le Parlement, le Conseil a accepté
qu’il y ait une plus grande souplesse dans la réallocation de fonds inutilisés
et que le Parlement européen joue un rôle plus
important que par le passé lors de la révision budgétaire qui doit avoir lieu en 2008-2009.
Les
députés en provenance des nouveaux pays membres qui se sont exprimés lors du
débat au Parlement européen qui a suivi l’accord, le 05/04/2006, ont exprimé leur déception devant un budget
encore trop étriqué pour faire face aux besoins de l’Union européenne élargie.
08/04/2006
1-Communication de la Commission européenne du
14/07/2004 : « Perspectives financières 2007-2013 »,
COM (2004) 487, non publiée au Journal officiel
2- Document de travail de la Commission du 12/04/2005
: ajustements techniques à la proposition de la
Commission pour le cadre financier pluriannuel
2007-2013, SEC (2005) 494 final, non publié au Journal
officiel.
3-Compte tenu des ajustements proposés par la
Commission le 12/04/2005
4-Les crédits restants sont notamment affectés aux
dépenses d’administration
5-Exposé des motifs du document de travail du
12/04/2005
6-Council of the European Union “Financial
perspective 2007-2013”, Provisional version,
Brusels 16/12/2005
7- Voir Reimer Böge : « Rapport sur les défis
politiques et les moyens budgétaires de l'Union
élargie 2007-2013 » Doc. A6-0153/2005;
19/05/2005
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