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Le Parlement européen est un parlement de
plein exercice comme on l’a vu dans un précédent article et le Traité de
Lisbonne renforce encore ses pouvoirs en étendant le domaine où il est
colégislateur (c’est à dire qu’il peut modifier le texte proposé par des
amendements et le rejeter) et ceux où il est consulté avec obligation
d’obtenir son approbation pour que le texte soit adopté (il n’a pas dans ce cas
de droit d’amendement, « seulement » le pouvoir de rejeter le texte).
Il obtient également de nouveaux pouvoirs budgétaires.
Un rappel non exhaustif :
De nouvelles compétences législatives
- Intégration
de l'espace de liberté, de sécurité et de justice au Traité de Fonctionnement
de l’Union Européenne (articles 67 à 89). Dans les domaines de la justice civile,
de l’asile, de l'immigration, de la politique des visas, comme celles relatives
à la coopération judiciaire et policière en matière pénale, il y a aura
application de la codécision. C’est l’abolition du troisième pilier de l’Union
européenne dans le cadre duquel ces questions sont actuellement tranchées par
le seul Conseil, donc les états.
- Politique
Agricole Commune : au titre de l’article 43§2 du TFUE, le Parlement
européen colégifèrera sur un pied d'égalité avec le Conseil (notamment :
organisation commune de marché unique, règlement sur les paiements directs,
règlement sur le développement rural et financement de la PAC mais aussi législation sur la qualité, agriculture
biologique et promotion).
- Politique
Commune de la Pêche : la procédure de codécision s’applique aux « dispositions
nécessaires à la poursuite des objectifs de la politique commune … de la
pêche » (article 43§2). Le Parlement européen a d’ores et déjà prévenu le
Conseil contre la tentation d’adopter une interprétation restrictive de ce paragraphe
et rappelle qu’il exercera son pouvoir de codécision par
exemple, sur les mesures techniques ou l’effort
de pêche, ou encore l’intégration des accords adoptes au sein des organisations
régionales de la pêche
- Modalités
de la surveillance multilatérale : pour une coordination plus étroite des politiques
économiques des différents états membres, l’article 121§6 du TFUE instaure une procédure de
« surveillance multilatérale » dont les modalités doivent être fixées
par le Conseil et le Parlement européen en codécision
- Cadre
pluriannuel et mise en oeuvre d’un espace européen de la recherche (article 182
du TFUE)
- Mise en
oeuvre des Fonds structurels
- Lutte
contre la traite des êtres humains, et, en particulier, des femmes et des
enfants, et leur exploitation sexuelle (articles 79 §3 et 83 §1, du TFUE)
- Statut
des fonctionnaires européens
- Adoption
du règlement financier
- Egalité
et droits : les textes qui interdisent la discrimination fondée sur le
sexe, la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un
handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle, nécessiteront l’approbation du
Parlement (article 19 du TFUE)
- Décisions
concernant l'utilisation de certaines clauses permettant de passer de
l'unanimité a la majorité qualifiée (ou des procédures législatives
extraordinaires à la procédure législative ordinaire), décisions concernant les
mécanismes de flexibilité : le Parlement doit donner son approbation
- Propositions
de coopération renforcée : approbation du Parlement européen requise
(article 329 du TFUE)
De nouveaux pouvoirs budgétaires
Le budget de l'Union européenne est
essentiellement financé par les ressources propres (1), c’est-à-dire des
ressources revenant à l’Union européenne sans qu’il y ait besoin d’une décision
ultérieure des autorités nationales. Il s’agit des droits de douane, des droits
agricoles, des cotisations «sucre», de la ressource fondée sur la TVA et de
celle fondée sur le revenu national brut (RNB) exprimée en pourcentage. Ce
pourcentage est plafonné et ne peut excéder un certain taux qui est défini par
les états à l’unanimité.
Lorsque
le budget annuel est approuvé par le Conseil et par le Parlement, le total des
recettes doit être égal au total des dépenses. Et s’il ne peut influer donc sur
les ressources, le Parlement peut en revanche influer sur les dépenses. Celles-ci sont en effet négociées entre le
Parlement européen et le Conseil des ministres sur la base d'une proposition de
la Commission. Le Président du
Parlement européen signe le budget
qui acquiert alors force de loi.
Pour
2009, ces dépenses en crédits d’engagement s’élèvent 138,6 milliards d'euros en
engagements (1,18 % du RNB). Le Parlement a le dernier mot sur une partie de ce
montant, celle qui correspond à ce que l’on appelle les dépenses non
obligatoires par opposition aux dépenses obligatoires qui sont déterminées par
le Conseil en dernier ressort et qui regroupent principalement, les dépenses agricoles et vétérinaires, le
financement d'accords internationaux et les pensions du personnel (2). Alors
que ces dépenses sont restées longtemps les plus importantes en raison du
budget de la PAC, il va différemment aujourd’hui. Dans le budget pour 2009, les
dépenses de cohésion, de compétitivité et de développement rural qui sont des
DNO représentent 55% du budget.
Le
Traité de Lisbonne en supprimant la distinction entre DO et DNO (article 314 du
TFUE) donne au Parlement européen le dernier mot sur toutes les dépenses.
Le
contrôle de la Commission européenne
Le Parlement exerce déjà un contrôle sur la
Commission européenne dont l’un des attributs les plus marquants est la motion
de censure.
Le Traité de Lisbonne prévoit de plus que le
Président de la Commission européenne sera élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent, sur
une proposition du Conseil européen, en tenant compte des élections au
Parlement européen (article 17§7 du TUE). Le Président de la Commission devra
donc être à l’avenir de la même majorité que celle siégeant au Parlement, ce
qui modifiera l’équilibre institutionnel en donnant plus de légitimité
démocratique au Président de la Commission et en faisant de la Commission un
type de « gouvernement » dans une Union dont le fonctionnement revêt plus clairement un caractère
parlementaire. La déclaration 11 précise "le Parlement européen et le
Conseil européen ont une responsabilité commune dans le bon déroulement
du processus conduisant a l'élection du Président de la Commission européenne.
Par conséquent, des représentants du Parlement européen et du Conseil européen procèderont,
préalablement a la décision du Conseil européen, aux consultations nécessaires
dans le cadre jugé le plus approprié. Ces consultations porteront sur le profil
des candidats aux fonctions de Président de la Commission en tenant compte des
élections au Parlement européen, conformément a l'article 17, paragraphe 7,
premier alinea. Les modalités de ces consultations pourront être précisées, en
temps utile, d'un commun accord entre le Parlement européen et le Conseil
européen".
Le Vice-président de la Commission/Haut Représentant de
l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité fera l’objet
d’un vote d’approbation du Parlement européen, tout comme les autres membres de
la Commission, en tant que collège.
La
question qui se pose est de savoir si ces dispositions seront appliquées pour
la nomination de la nouvelle Commission qui doit succéder à la Commission
Barroso, comme le souhaite par exemple Daniel Cohn Bendit ainsi qu’il l’a
rappelé lors de la soirée électorale du 7 juin sur les chaînes françaises. Les
Verts français demandent notamment que la désignation de la Commission ne se
fasse pas dans la précipitation mais au contraire à l’automne afin que les
nouvelles règles prévues par le Traité de Lisbonne puissent être mises en
œuvre. Au demeurant, quand bien même le traité ne serait pas encore en vigueur
au moment de cette désignation rien n’empêche les états de décider de
l’appliquer par anticipation en associant plus étroitement le Parlement à cette
désignation et en tenant compte des résultats des élections pour la nomination
du Président. Compte tenu de la configuration du nouveau Parlement, M.Barroso pourrait d’ailleurs être
reconduit, mais à condition que des alliances se forment sur sa candidature notamment
avec les libéraux. Or, elles n’apparaissent pas aussi facilement réalisables
que dans la configuration précédente.
La révision des Traités
Le Parlement
européen est associé plus étroitement à la révision des traités notamment grâce
à la possibilité qui lui est données de proposer des modifications
des traités, un droit d’initiative dont il a annoncé qu’il fera usage "pour
l'avenir de l'Europe".
18/06/2009
1 - Il existe aussi une faible part de recettes autres (par exemple, les impôts et autres prélèvements opérés sur les rémunérations du personnel, les intérêts bancaires, les contributions de
pays tiers à certains programmes communautaires, etc.)
2 – Accord institutionnel du 17 mai 2006 entre le
Parlement européen, le Conseil et la Commission sur la discipline budgétaire et
la bonne gestion financière, annexe III sur la classification des dépenses
(JOUE du 14/06/2006, n°C139)
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