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La crise a été la toile
de fond du Conseil européen des 18 et 19 juin 2009 (1). Crise des institutions
européennes avec l’interminable feuilleton de la ratification du Traité de
Lisbonne, crise économique et financière ensuite, et peut-être aussi crise
politique avec la perspective de la reconduction problématique de JM Barroso à
la Présidence de la Commission européenne.
Feu vert au referendum
irlandais sur le Traité de Lisbonne
Le compte à rebours du
referendum irlandais sur le traité de Lisbonne peut commencer : le Conseil
européen s’est engagé sur les lignes directrices qui avaient été dégagées en
décembre 2008 afin de donner aux irlandais des garanties dont il est espéré
qu’elles les feront revenir sur leur vote négatif du 12/06/2008 (2).
Les engagements prennent
la forme d’une série de d’accords annexées aux conclusions de la Présidence. La
première contient une « décision » dont l’objectif est de
confirmer la compétence de l’Etat national sur des questions qui avaient
fait débat en Irlande dans la mesure ou les opposants au traité de Lisbonne avaient
prétendu que celui-ci remettait en cause le droit national sur des questions
relatives à la famille et à l’interdiction de l’avortement, les questions
relatives à la fiscalité (l’Irlande pratiquant une fiscalité particulièrement
« douce » aux entreprises), ainsi que les questions relatives à la
politique extérieure et de défense et à la neutralité militaire de l’Irlande.
Pour mettre fin à ces rumeurs, les sections A, B et C de l’annexe 1
disposent :
- « Aucune des dispositions
du traité de Lisbonne attribuant un statut juridique à la Charte des droits
fondamentaux de l'Union européenne ou relatives à l'espace de liberté, de
sécurité et de justice n'affecte de quelque manière que ce soit la portée et
l'applicabilité de la protection du droit à la vie, de la protection de la
famille et de la protection des droits en
ce qui concerne l'éducation » prévues par le droit irlandais.
- « Aucune des
dispositions du traité de Lisbonne ne modifie de quelque manière que ce soit,
pour aucun État membre, l'étendue ou la mise en oeuvre de la compétence de
l'Union européenne dans le domaine fiscal »
- « La politique
commune de sécurité et de défense de l'Union fait partie intégrante de la
politique étrangère et de sécurité commune…n'affecte ni la politique de
sécurité et de défense de chaque État membre, y compris de l'Irlande, ni les
obligations qui incombent à tout État membre. Le traité de Lisbonne n'affecte
pas la politique traditionnelle de neutralité militaire de l'Irlande…Toute décision
conduisant à une défense commune nécessitera une décision unanime du Conseil
européen. Il reviendra aux États membres, y compris l'Irlande, de décider,
conformément aux dispositions du traité de Lisbonne et à leurs règles
constitutionnelles respectives, de l'opportunité d'adopter ou non une défense
commune. Aucune disposition de la présente section n'affecte ou ne porte
préjudice à la position ou à la politique de tout autre État membre en matière
de sécurité et de défense ».
Une annexe 2 contient une
« Déclaration solennelle sur les droits des travailleurs , la politique
sociale et d’autres questions », ces autres questions étant notamment les
services publics non économiques d’intérêt général dont il est précisé que les
traités tels que modifiés par le traité de Lisbonne « ne portent en aucune
manière atteinte à la compétence des États membres pour fournir, faire exécuter
et organiser des services non économiques d'intérêt général ». Cet
ensemble de textes reprend en fait de façon redondante diverses dispositions
incluses dans le corps du traité et de certains des protocoles. On mesure dès
lors que le but est essentiellement de rassurer l’opinion publique irlandaise
et de faciliter la tâche du Gouvernement dans la future campagne
referendaire. Comme le Conseil l’exprime lui-même clairement
ainsi : « le Conseil européen a marqué son accord sur la série
d'arrangements suivants, qui sont pleinement compatibles avec le traité, afin
de rassurer le peuple irlandais et de répondre à ses préoccupations ». Pleinement
compatibles avec le traité, ces arrangements ne nécessiteront pas de
nouvelle ratification du traité, précise également le communiqué. En
particulier l’annexe 1 est juridiquement contraignante et prendra effet le jour
de l'entrée en vigueur du traité de
Lisbonne sans qu’il soit nécessaire d’une nouvelle procédure. Mais elle
fera l’objet d’un protocole qui sera annexé au traité sur l'Union
européenne et au traité sur le fonctionnement de l'Union européenne à
l’occasion de la conclusion du prochain traité d'adhésion et sera alors
ratifiée de fait en même temps. Le communiqué explique que cette annexe étant
compatible avec le traité de Lisbonne elle ne justifie pas de lancer une
nouvelle ratification de celui-ci au motif qu’il aurait été modifié. Mais comme
il lui est reconnu un statut juridique égal « à celui des
éclaircissements analogues figurant dans les protocoles obtenus par d'autres
États membres », cette annexe fera bien l’objet d’un protocole … à
l'occasion d'un futur traité afin de satisfaire l’Irlande. En clair, il n’y
aura pas de réouverture du processus de ratification dans les différents états
membres.
Il reste à savoir quelle
solution sera adoptée pour l’engagement pris de maintenir les règles actuelles
sur la composition de la Commission européenne (un commissaire par état membre)
alors que le traité de Lisbonne prévoit une réduction du nombre de
commissaires. On sait que cette disposition a été un des motifs du non au
traité en Irlande. Les 26 autres états se sont donc engagés à ne pas
l’appliquer si toutefois l’Irlande ratifie le traité. S’il y a ratification, le
Traité sera donc modifié. La décision devra alors être prise
« conformément aux procédures juridiques nécessaires », se borne à
déclarer laconiquement le communiqué final du Sommet.
Suite
de l'article
Actualisation (au
25/11/2009)
Le 08/07, le Premier Ministre irlandais M.Cowen a annoncé que
l'Irlande revoterait sur le traité de Lisbonne le 2 octobre. On sait que le
oui l'a emporté.
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