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La
rencontre entre
Angela Merkel
et Nicolas Sarkozy
censée proposer
des réponses
communautaires
à la crise que
traverse la
zone euro se
solde par une
déclaration
commune assez
décevante car
peu concrète.
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Qu'est-il sorti du "Sommet" de crise tenu hier par
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel?
A première vue, cela a de l'allure:
- Création d'un "véritable" gouvernement économique
pour la zone euro
- Adoption avant l'été 2012 par les 17 membres de la zone euro
d'une règle d'or sur les déficits budgétaires : inscription dans
les constitutions nationales de la règle montrant que les lois de
finances annuelles doivent se soumettre à un objectif de retour à
l'équilibre budgétaire
- Proposition commune par la France et l'Allemagne dès septembre
2011, d'une législation communautaire créant une taxe sur les
transactions financières.
- Mise en place d'un "impôt sur les sociétés" commun à
la France et l'Allemagne, dont l'assiette et les taux seraient
harmonisés dans ces deux pays afin de "donner l'exemple de la
convergence" aux autres pays.
Un "véritable" gouvernement économique européen,
vraiment?
La déclaration indique: "Ce gouvernement
économique sera constitué du Conseil des chefs d'Etat et de
gouvernement. Il se réunira deux fois par an, et plus si nécessaire,
et il élira un président stable pour deux ans et demi. Mme MERKEL
et moi-même, nous proposons, s'il en est candidat, que ce président
stable soit M. Herman VAN ROMPUY". Mais, concrètement, de quels
moyens d'action disposeront ce "gouvernement" et ce
"président stable"? Et en quoi seront-ils plus légitimes et plus
efficaces que les structures existantes (ECOFIN: réunion des
ministres des finances nationaux, eurogroupe). Il ne suffit pas de
créer une nouvelle structure. Encore faut-il savoir ce qu'elle fera.
Et sur ce point la déclaration franco allemande ne dit et ne propose
rien.
Mettre en place une gouvernance économique européenne
ce n'est pas seulement coordonner les politiques économiques et
budgétaires (ex: semestre européen), ce n'est pas non plus, pour si
utile que soit cette mesure, instaurer un plan de soutien européen,
qui est l'expression de la solidarité financière entre les pays
membres de l'eurozone. C'est aussi, comme le dit Jean
Louis Bourlanges "créer
une autorité politique de la zone euro, installer un véritable
ministre européen des affaires économiques...et prévoir une mise
en commun des moyens budgétaires". Au lieu de créer une énième déclinaison du Conseil
européen, JL Bourlanges - qui ne manque pas d'idées - propose "un
pouvoir parlementaire transnational, constitué à partir des
commissions des finances des différents parlements de la zone euro
et de la commission économique et monétaire du Parlement européen"
qui serait certainement aux yeux des citoyens plus légitime que la
structure intergouvernementale proposée.
Règle d'or sur les déficits budgétaires
Sur le plan européen, elle existe déja: elle
s'appelle le Pacte de stabilité, inclus dans le traité sur le
fonctionnement de l'Union européenne. Pourquoi alors inscrire dans
des constitutions nationales ce qui y est déja de fait puisque la
ratification d'un traité exige sa conformité à la Constitution ou
la révision de celle-ci pour que cette conformité soit effective, et
que dès lors, les dispositions des traités s'intègrent à l'ordre
juridique interne y compris constitutionnel.
Or, les règles du Pacte de stabilité ont été
régulièrement violées par les états, profitant de l'absence de
gouvernance communautaire.
Car si le Pacte prévoit des sanctions pour les pays
en infraction, c'est la Commission qui les propose sur la foi des
rapports remis par les autorités nationales sur la situation de
leurs finances, et ce sont les états (le Conseil) qui doivent les
valider. Le pouvoir de controle et de sanction de la violation des
règles est donc confié à ceux qui doivent s'y soumettre. Autant
dire qu'il s'agit d'un système inadapté. Par conséquent, plutôt
que d'imposer aux états d'inscrire le contrôle des déficits dans
leurs constitutions nationales, mieux vaudrait, si l'on veut que les
règles soient respectées, un gouvernement économique européen qui
aurait le pouvoir de vérifier les comptes des états membres de la
zone euro et de sanctionner les dérapages ou les trucages des
comptes, autrement dit, de faire précisément ce qui n'a pas été
fait sous l'empire du Pacte de stabilité avec les conséquences que
l'on voit aujourd'hui.
Une autre question se pose, celle de la pertinence de
la stratégie choisie, entre politique de croissance et
d'investissement (y compris public) dépensière et rigueur
budgétaire, cette dernière étant pour le moment l'option choisie
par les dirigeants des pays européens.
Législation communautaire créant une
taxe sur les transactions financières
L'idée à laquelle se sont
déja ralliés le Parlement européen
et la Commission fait donc son chemin. Mais il
reste encore à convaincre des pays réticents. Ainsi par exemple,
le ministre des Finances irlandais a annoncé qu'il demanderait que
toute taxe sur les transactions financières s'applique à l'ensemble
de l'Union européenne et pas à la seule zone euro, par crainte de
la concurrence que pouraient faire les pays non membres de la zone
euro dans lesquels les services financiers sont un secteur important,
comme le Royaume-Uni. De manière plus générale, la proposition de
taxe sur les transactions financières risque fort de se heurter à
de nombreuses objections dans les pays où les services financiers
sont très présents et participent notablement à la richesse nationale.
Mise en place d'un "impôt sur les
sociétés" commun à la France et l'Allemagne
C'est une idée
de portée limitée dans la mesure où les taux d'imposition
sont déja proches. L'harmonisation devrait être élargie à
l'ensemble des pays membres pour éviter le dumping fiscal de ceux
qui pratiquent les taux les plus bas. Mais la proposition franco
allemande est destinée à "donner l' exemple" aux
récalcitrants...On verra si cela suffit.
Quant aux euro-obligations
et/ou l'augmentation du budget du Fonds européen de stabilité
financière (FESF)
demandés pour tenir compte de la fragilité des situations de
l'Espagne et de l'Italie et des risques d'effet domino que
provoquerait une défaillance de l'un de ces pays, aussi bien Nicolas
Sarkozy qu'Angela Merkel s'y déclarent opposés. Or, manifestement,
c'est ce type de réalisations concrètes qui est attendu pour enrayer la
spéculation comme le montrent les réactions des bourses aux
annonces franco allemandes.
17/08/2011
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