|
A
fin de clarifier
les règles communautaires
applicables
aux services
publics et de
préciser sa
doctrine, la
Commission européenne
a publié une
série de textes
dont une communication
dans laquelle
elle trace les
grandes lignes
du cadre des
SIG qu'elle
ambitionne de
créer.
|
La
communication sur un cadre des SIG dans l'Union européenne
De
ce côté de la frontière on réclame avec régularité une
directive cadre sur les services publics en Europe. C'est même
devenu un serpent de mer qui réapparait de temps en temps.
La
Commission après avoir dit qu'elle proposerait un tel texte est
finalement revenue dessus au motif que les nouvelles dispositions du
traité de Lisbonne sont suffisantes, ce qui apparemment, n'est plus
aussi sûr dans son esprit puisque, sans proposer une directive, elle
présente à présent une communication censée créer un "cadre
de qualité pour les services d'intérêt général dans l'UE".
On
y constate avec plaisir (!) que la Commission a découvert
l'importance des SIG qui "fournissent un
filet de sécurité essentiel pour les citoyens dans des domaines
comme les soins de santé, les soins aux personnes âgées, l'aide à l'enfance,
l'assistance aux personnes handicapées et le logement social"
et "ont également un rôle clé à jouer dans l'économie de la
connaissance dans le domaine des écoles, des centres de formation et
des universités" pour conclure par la voix de son Président,
M.Barroso " les services d'intérêt général jouent un rôle
clé en assurant la cohésion sociale et peuvent également être un
relais pour de nouvelles sources de croissance. Ce cadre de qualité
adoptée aujourd'hui est une confirmation de la détermination de la
Commission européenne à soutenir des services publics innovants de
qualité, qui sont encore plus essentiels dans la situation
économique actuelle difficile ".
Depuis
le traité de Lisbonne, les SIG font l'objet de dispositions
communautaires spécifiques inspirées par les principes qui avaient
été dégagés par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union
européenne : l'article
14 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, l'article
36 de la Charte des droits fondamentaux et le
protocole sur
les SIG.
-
L'article
14 du TFUE dispose: "Sans
préjudice de l'article 4 du traité sur l'Union européenne et des
articles 93, 106 et 107 du présent traité, et eu égard à la place
qu'occupent les services d'intérêt économique général parmi les
valeurs communes de l'Union ainsi qu'au rôle qu'ils jouent dans la
promotion de la cohésion sociale et territoriale de l'Union, l'Union
et ses États membres, chacun dans les limites de leurs compétences
respectives et dans les limites du champ d'application des traités,
veillent à ce que ces services fonctionnent sur la base de principes
et dans des conditions, notamment économiques et financières, qui
leur permettent d'accomplir leurs missions. Le Parlement européen et
le Conseil, statuant par voie de règlements conformément à la
procédure législative ordinaire, établissent ces principes et
fixent ces conditions, sans préjudice de la compétence qu'ont les
États membres, dans le respect des traités, de fournir, de faire
exécuter et de financer ces services" (4).
-
L'article
36 de la Charte des droits fondamentaux affirme un droit d'accès
aux services d'intérêt économique général, dans ces termes:
"L'Union reconnaît et respecte l'accès aux services d'intérêt
économique général tel qu'il est prévu par les législations et
pratiques nationales, conformément aux traités, afin de promouvoir
la cohésion sociale et territoriale de l'Union" (5).
-
Enfin,
le protocole sur
les Services d'Intérêt Général, qui couvre l'ensemble des SIG,
explicite cette notion et rappelle la compétence des Etats membres.
Il donne un contenu à la
notion de "valeurs communes de l'Union" rappelées par
l'article 14 du TFUE en ce qui concerne les SIEG. Il rappelle que le
but de ces services est de répondre aux besoins et aux préférences
des utilisateurs, et qu'ils doivent être fournis en s'adaptant aux
situations
géographiques, sociales ou culturelles. Il rappelle également le
"rôle essentiel" et le "large pouvoir discrétionnaire
des autorités nationales, régionales et locales, pour fournir,
faire exécuter et organiser les
SIEG" à cette fin, conformément à des principes communs
de niveau élevé de qualité, de sécurité et d’accessibilité,
d’égalité de traitement et de promotion de
l’accès universel et des droits des utilisateurs. Pour
finir, le protocole pose des limites à l’action de l’Union
européenne qui se voit interdire toute action portant atteinte à la
compétence des états dans la fourniture, la mise en
service et l'organisation de services non économiques
d'intérêt général (article 2 du Protocole) (6).
Il
résulte de cet ensemble de textes que l'Union, comme les états, a
compétence pour légiférer en matière de SIG mais que l'Union doit
respecter un ensemble de principes pour garantir l'accès aux SIG et
doit également respecter la compétence exclusive des états en
matière de SNEIG.
Dans
sa communication (7), la Commission explique que le cadre
communautaire pour les SIG est destiné à dissiper ce que ces règles
peuvent contenir d'incertitudes et à assurer l'accès de tous aux
services essentiels grâce à un "environnement reglementaire"
qui renforce "la dimension sociale du marché unique" et
prenne en compte, notamment au niveau communautaire, "la nature
spécifique de ces services lors de la conception de nouvelles
initiatives". Le
cadre comporte trois volets:
-
1 - Accroître la clarté et la sécurité juridique
La
communication expose la marche à suivre pour que la législation
l'UE ayant des répercussions sur l’organisation,
le financement et la prestation des services d'intérêt économique
général ne fasse pas obstacle à l'accomplissement de leur mission
de service public et, au contraire, la permette. A cette fin, la
Commission annonce une nouvelle révision des règles de financement
public applicables aux SIEG dans une communication spécifique, et
une réforme des règles concernant les marchés publics et les
concessions. Pour ces dernières, la Commission propose notamment
d'appliquer des règles moins strictes aux services sociaux de santé
pour mieux tenir compte de leur rôle et de leurs caractéristiques
spécifiques (application de seuils supérieurs, limitation des
obligations applicables à la passation des marchés publics). La
réforme clarifiera également les cas dans lesquels les contrats
publics conclus entre des parties qui ont toutes un statut public
(par exemple, des collectivités locales) échappent aux règles de
l'UE sur les marchés publics. Enfin, les contrats de concession de
services publics feront l'objet d'une nouvelle directive qui leur
sera spécifique pour mieux garantir le respect des principes
d'égalité de traitement et de non-discrimination et préciser les
conditions auxquelles la modification des termes d'un contrat de
concession sera autorisée sans qu'il soit nécessaire de lancer un
nouvel appel à la concurrence.
-
2 - Garantir aux citoyens un accès aux services essentiel
La
Commission annonce qu'elle veut s'appuyer sur l'expérience des
directives qui ont libéralisé les secteur des télécommunications
ou des services postaux pour garantir à l'ensemble des citoyens
l'accès à des services essentiels dans des secteurs spécifiques.
Ce qui en fait annonce de nouvelles propositions d'ouverture à la
concurrence des secteurs partiellement ou non encore ouverts:
services bancaires de base, services postaux (colis
transfrontaliers), transport de voyageurs, énergie,
télécommunications.
-
3 - Promouvoir la qualité des services sociaux. Dans ce
domaine, l'accent est mis sur la promotion des bonnes pratiques et
l'échange d'expériences. La seule action "opérationnelle"
est l'engagement pris par la Commission de proposer en 2012 la
création d' un statut de fondation européenne, de nature
facultative, qui s'ajouterait aux formes nationales de fondation
existantes afin de faciliter les activités transfrontalières des
fondations qui assurent ou contribuent à assurer des services
sociaux d'intérêt général dans l'UE.
Suite
4
– Version consolidée du Traité sur le fonctionement de l'Union
européenne
5
– Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne
6
- Protocoles
7
- Communication de la Commission : Un cadre de qualité pour les
services d'intérêt général en Europe, COM(2011) 900 final du
20/12/2011
|