|
Sans que ce soit vraiment inattendu, JM Barroso entame
son second mandat en qualité de Président de la
Commission européenne grâce à un vote favorable
du Parlement européen, intervenu après quelques
semaines de tractations et (faux?) suspense.
Plus surprenante est l'importance de la majorité
obtenue qui donne à M.Barroso une légitimité incontestable.
Seul l'avenir dira s'il aura la volonté d'en user
pour rendre à la Commission européenne son rôle de moteur de
l'intégration européenne.
|
Cela
peut paraître facile à dire a posteriori mais la réélection de JM Barroso comme
Président de la Commission européenne, à la suite du vote du Parlement européen
le 16 septembre, n’est pas vraiment
une surprise. Elle était en effet pratiquement acquise, car les 27 états
membres le voulaient et qu’il n’y avait pas de candidat alternatif. Et surtout,
les règles du traité de Lisbonne qui lient étroitement Président de la
Commission et majorité parlementaire (1),
qui imposent une élection à la majorité absolue (2) et qui prévoient une
« responsabilité commune » dans
le bon déroulement du processus conduisant à l’élection du Président de la
Commission européenne (3) ne sont pas encore applicables. Pour toutes ces
raisons, l’élection de M.Barroso ne faisait guère de doute même si elle a été
émaillée de retards notamment dus aux éclaircissement exigés par les
eurodéputés. Et c’est bien pourquoi les partis qui lui étaient hostiles, comme
les Verts, demandaient un report du vote pour appliquer les règles du Traité de
Lisbonne.
Ce qui était moins prévisible, c’est la très confortable
majorité qui a porté M.Barroso à la tête de la Commission et qui rend sa
nomination incontestable et légitime, même sous l’empire des règles du Traité de
Lisbonne. En effet, M.Barroso, pourtant abondamment critiqué pour son manque
d’initiative, son désintérêt pour les questions sociales et sa complaisance à
l’égard des « grands » pays membres, a été « adoubé » à la
majorité absolue des eurodéputés. Parmi les 718 des 736 eurodéputés qui ont
participé au scrutin, 382 ont voté pour M.Barroso, contre 219 voix contre, et
117 abstentions.
Cette forte majorité s’explique par la désunion dans le
groupe socialiste, les eurodéputés s’alignant sur les prises de
position définies par les partis nationaux respectifs. Ce n’est pas la première
fois que les solidarités nationales au sein des groupes font obstacle à l ‘émergence d’une
position commune européenne. Entre, par exemple, les socialistes espagnols
favorables à la réélection de M.Barroso et les socialistes français, opposés,
le seul accord possible était sur la base du plus petit dénominateur commun,
d’où la consigne d’abstention finalement donnée, faute de mieux. Une consigne
qui laisse un goût amer et donne l’impression peu glorieuse d’arrangements de
coulisse. Une autre raison de la large majorité obtenue par M.Barroso est le
ralliement des eurosceptiques ce qui est un comble pour un homme qui doit
incarner l’intérêt communautaire et qui s’explique peut-être par l’aptitude de
M.Barroso à entretenir un flou sur son programme , promettant monts et
merveilles selon ses interlocuteurs (se prononçant même pour la taxe Tobin!).
Est-ce forcément
négatif pour l’intégration européenne?
Certes, M.Barroso n’a pas marqué le quinquennat précédent
par ses initiatives courageuses. Mais lui imputer la totalité des maux de
l’Union Européenne comme le font certains de ses détracteurs est abusif. Cela dédouane à bon compte les gouvernements nationaux de leurs lourdes
responsabilités. C’est aussi ignorer ou faire semblant d’ignorer que la
Commission européenne est un collège qui prend ses décisions par consensus et
qui semble dominée par de fortes et controversées personnalités acquises aux
idées de libéralisation des marchés et de dérégulation comme C. Mc Greevy et
Neelie Kroes. Bref, M.Barroso n’est pas toute l’Union européenne ni toute sa
politique. Sa désignation, si elle est une mauvaise nouvelle pour les partisans
d’une intégration européenne tendant vers le fédéralisme, n’est pas cependant
forcément une catastrophe.
Les voies de l’avenir seront en effet tracées de façon plus
claire lors de la composition de la Commission européenne. Il faut donc attendre
de la connaître.
On peut aussi penser (ou espérer) que, dans le contexte
de l’application du Traité de Lisbonne qui accroît les compétences du
Parlement européen, le Président Barroso, fort de la légitimité conférée par la majorité
parlementaire autour de sa nomination, y trouvera la force de conviction et le
courage pour tenir tête au Conseil si besoin et redonner à la Commission européenne
le
rôle qui devrait être le sien, celui de l’impulsion et de la défense d’une
vision européenne.
29/09/2009
1 –
Article 17 du TUE dans la version consolidée des traités incluant les articles
du Traité de Lisbonne
2 - Le
Parlement approuve ou rejette la désignation proposée à la majorité des
suffrages exprimés. Article 105 du Règlement du Parlement européen
3 - Déclaration n°11 annexée au Traité de
Lisbonne
|