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Le 08/10/2009, les eurodéputés débattaient de la liberté
d’information dans l’Union européenne. Ce n'était pas la première fois. Mais,
comme précédemment, les propositions de législation
communautaire sur le pluralisme des medias ont été
rejetées. De quoi confirmer le constat pessimiste
de l'association Reporters Sans Frontières
qui note un très net recul de la liberté de la presse
dans plusieurs pays européens.
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Dans son classement mondial sur les violations de la liberté
de la presse commises entre le 1er septembre 2008 et le 31 août 2009 (1),
l’association Reporters Sans Frontières constate que la liberté de la presse
régresse en Europe : « L’Europe a longtemps été exemplaire en matière de
respect de liberté de la presse, mais cette année, plusieurs pays européens
reculent très nettement. Même si les treize premières places restent occupées
par des Etats européens, d’autres tels que la France (43e), la Slovaquie (44e)
ou l’Italie (49e), continuent leur descente, perdant respectivement huit,
trente-sept et cinq places ». De son côté l’Organisation Non
Gouvernementale « Freedom
House » qui publie chaque année une carte dans laquelle les pays du monde
sont divisés en trois catégories en ce qui concerne la liberté de la presse
(libres, partiellement libres et pas libres), a classé pour 2009 l'Italie, la Roumanie et la Bulgarie, dans
la catégorie "partiellement libres" (2).
Le débat tenu récemment au Parlement européen ne conduit pas
à infirmer ces constats pessimistes.
Le 08/10/2009, les eurodéputés débattaient de la liberté
d’information dans l’Union européenne. A l’origine de ce débat : la
volonté d’une majorité de parlementaires de dénoncer des entraves à la liberté
de la presse, en particulier en Italie, pays à propos duquel RSF
souligne : «L’emprise des mouvements mafieux sur le secteur des médias se
renforce et contraint une grande partie des journalistes à la prudence. Le
retour au pouvoir de Silvio Berlusconi repose de nouveau la question de la
concentration des médias audiovisuels et de leur contrôle par le pouvoir
exécutif. Les réformes législatives entreprises autour de la publication de
certains actes juridiques constituent par ailleurs une évolution
incompatible avec les standards démocratiques de l’Union européenne » (3).
Le principe même du débat avait été contesté par les députés
de droite qui dénonçaient une « manoeuvre politicienne et partisane
destinée à gêner un adversaire politique », en l’espèce, le chef du
Gouvernement italien, Silvio Berlusconi. De fait, l’Italie faisait figure de
principal accusé bien que d’autres pays européens ne soient guère mieux lotis
(4).
La question posée, notamment par le député Martin
Schultz (Président du groupe
socialiste), était de savoir s’il était possible de laisser continuer des
pratiques telles que « l'amalgame de possessions de télévisions et de
journaux, le mélange d'intérêts politiques, économiques et médiatiques »
qui, ajoutait-il sont « un danger
pour la démocratie en Europe ». A cette question s’en ajoutait une autre,
posée par les groupes Verts et Alliance des Démocrates et Libéraux européens
(ADLE) : l’Union européenne ne devait-elle pas se doter d’une législation
sur le pluralisme des médias ?
Sur
la première question, les députés étaient nombreux à estimer qu’il s’agissait
d’une ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat membre, excédant le
rôle du Parlement européen, violant la souveraineté nationale ainsi que le
principe de subsidiarité (5). A contrario, les partisans d’une mise en cause
des pratiques du Gouvernement italien s’appuyaient sur le respect des valeurs
de l’UE énoncées à l’article 6 du Traité sur l’Union européenne qui dispose notamment :
« 1. L’Union est fondée sur les principes de la
liberté, de la démocratie, du respect des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, ainsi que de l’État de droit, principes qui sont communs aux
États membres.
2. L’Union respecte les droits fondamentaux,
tels qu’ils sont garantis par la convention européenne de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950, et
tels qu’ils résultent des traditions constitutionnelles communes aux États
membres, en tant que principes généraux du droit communautaire…».
Ils invoquaient également la possibilité
donnée par l’article 7 du Traité d’adresser des recommandations à un état
membre, puis, si besoin, de prendre des sanctions à son encontre (suspension
des droits y compris des droits de vote) s’il
« existe un risque clair de violation grave » par cet État
« de principes énoncés à l’article 6, paragraphe 1 » (6).
Reporté au 21/10/2009, le vote sur les
différentes résolutions présentées par les groupes parlementaires se solde, de
justesse, par le rejet de toutes les résolutions, au grand désarroi de ceux qui
avaient espéré pouvoir faire pression sur les états et la Commission pour
garantir la liberté de la presse dans l’Union européenne.
Au vu des résultats,
serrés, et des explications de votes, il semble que la cause principale du
rejet soit non pas tant le principe de
la nécessité d’une législation communautaire, mais la mise en cause d’un pays
en particulier (7). Ainsi la proposition de résolution qui proposait le recours
à l’article 7 contre l’Italie est celle qui a recueilli le moins de voix. La
résolution commune proposée par les groupes Verts/ALE, GUE/NGL, S&D
et ALDE, et celle du groupe ALDE qui, elles, ne faisaient pas mention d’une
telle procédure, ont été en revanche repoussées de très peu (338 voix contre,
335 pour, en ce qui concerne la résolution commune), voire, pour le texte proposé par les libéraux, en application du
règlement qui veut qu’en cas d’égalité des voix, la résolution soit rejetée
(338 voix pour, 338 contre). C’est une occasion perdue donc, de très peu, et le retour à la case départ, à la grande
satisfaction du PPE qui a déjà fait échouer deux précédentes tentatives du
Parlement européen de voter des résolutions sur la concentration et le
pluralisme des media, en 2004 et 2008.
Pourtant,
les arguments des « pro intervention » ne sont pas dénués de
fondement.
Sur le plan
juridique, on peut s’étonner que le phénomène de concentration des medias
n‘émeuve pas davantage la Commission européenne pourtant garante de la
concurrence libre et non faussée. Invoquer, comme l’a fait la Commissaire
Reding le fait que l’UE ne détient « que des compétences limitées
dans le domaine de la presse écrite » pour justifier sa réticence à
proposer une législation est un peu lapidaire, et la question mériterait d’être
examinée au regard des règles de droit communautaire déjà existantes.
Sur les sanctions contre l’Italie, l’article 7 est d’une
formulation assez large pour qu’il fasse place à l’interprétation. Sur ce point
également, l’obstacle n’est donc pas dans l’absence de base juridique. Il est
dans la volonté de ne se servir de cet article que dans des cas
« extrêmes », cette appréciation étant, on le comprend, toute
relative et pouvant varier. Selon la Commissaire Reding, « l’article 7 crée une procédure très
exceptionnelle », ajoutant ce qui est une interprétation des dispositions
de cet article : « Cette clause ne s’appliquerait que s’il y avait un
effondrement complet du système juridictionnel et de protection des droits
fondamentaux dans un état ». L’article 7 ne dit rien de tel mais on
peut conclure de l’intervention de Madame Redding qu’il y a un accord parmi les
institutions européenne pour considérer qu’il reste un sorte de « dernier
recours ». Il n’a d’ailleurs jamais été appliqué, même en 2000 lors de
l’arrivée au pouvoir en Autriche du Freiheitliche
Partei Österreichs (FPÖ), un parti d’extrême droite. Les 14 pays alors
membres de l’UE avaient alors appliqué des sanctions diplomatiques durant
plusieurs mois. Ces mesures définies par les états avaient court-circuité le mécanisme communautaire de
l’article 7.
L’application de sanctions est en effet tout sauf simple
lorsqu’elles visent un gouvernement qui a été démocratiquement élu. Car se pose
la question de la légitimité de ces mesures. D’où l’absence de réaction des
états de l’UE lorsque, peu de temps après « l’affaire autrichienne »,
Silvio Berlusconi qui venait d’être élu forma un gouvernement comprenant des
ministres issus de la Ligue du Nord, un parti dont on ne voit pas en quoi il
est moins extrémiste que le FPÖ.
Sur le plan politique, ce qui est en jeu c’est la conception
de l’Europe. Ceux qui croient que l’UE n’est pas une simple communauté
d’intérêts mais aussi une communauté de valeurs, poussent à ce qu’elle se dote
des moyens d’action nécessaires à leur protection. L’eurodéputé Guy Verhofstadt, s’exprimait
ainsi, parlant au nom du groupe ALDE : « Étant
donné que nous avons créé cette Union européenne pour défendre une fois pour
toutes nos valeurs communes de démocratie, de paix et de liberté, il est de
notre devoir d'intervenir. De quelle façon? Je pense qu'il faut demander à la
Commission, sur la base de nos traités – et, je le répète, c'est une
demande qu'on a déjà faite – de proposer une directive pour sauvegarder le
pluralisme des médias…j'ai été déçu par l'intervention de la Commission. Chaque
État membre peut faire n'importe quoi si c'est compatible avec la Constitution
du pays. C'est cela qu'on a entendu de la Commission. Je ne suis pas d'accord
du tout…Il y a des valeurs, il y a des libertés qui doivent être défendues dans
cette enceinte au-delà des intérêts des nations, au-delà des Constitutions des
nations. Ce sont des valeurs et des principes qui correspondent vraiment à la
nature de l'Union européenne ». Une position qui se situe très loin des
thèses des souverainistes des différents pays, des eurosceptiques de toutes
obédiences et, de façon générale, des adversaires
de la supranationalité.
19/10/2009
1 - Reporters Sans Frontières, Classement mondial sur les
violations de la liberté de la presse commises entre le 1er septembre 2008 et
le 31 août 2009
2 – Freedom
House, « Map of press freedom 2009”
3 - Selon RSF : « Le Premier ministre Silvio
Berlusconi contrôle toujours les trois chaînes de la télévision publique RAI
d’une part, et, d’autre part, le principal groupe de radiotélévision privé
national Mediaset. Une prédominance qui amplifie les ingérences
politiques dans les lignes éditoriales, et qui favorise l’autocensure d’une
partie de la profession. La télévision, qui demeure la principale source
d’information pour 80% de la population, attire également la plus grande part
des recettes publicitaires nationales ».
4 - C’était un des arguments des députés de droite qui
rappelaient l'existence dans l’UE de groupes médiatiques plus importants que
Mediaset, ainsi par exemple, les groupes Murdoch ou Bertelsmann, ainsi que les
observations de Freddom House sur la Bulgarie et la Roumanie. On pourrait ajouter que la France n’a pas à se glorifier de
son 43ème rang dans le classement de RSF position due, selon
l’association, à des mises en examen, à des placements en garde-à-vue et des
perquisitions dans les médias, ainsi qu’à l'ingérence des autorités politiques,
notamment de Nicolas Sarkozy.
5 - Lorsqu’il y a compétences partagées entre l’UE et les
États membres, le principe de subsidiarité définit les conditions dans
lesquelles l’UE est prioritaire pour agir.
6 - Article 7 TUE
(version consolidée):
« 1.
Sur proposition motivée d'un tiers des États
membres, du Parlement européen ou de la
Commission européenne, le Conseil, statuant
à la majorité des quatre cinquièmes de ses
membres après approbation du Parlement européen,
peut constater qu'il existe un risque clair
de violation grave par un État membre des
valeurs visées à l'article 2. Avant de procéder
à cette constatation, le Conseil entend
l'État membre en question et peut lui adresser
des recommandations, en statuant selon la
même procédure.
Le
Conseil vérifie régulièrement si les motifs
qui ont conduit à une telle constatation
restent valables.
2.
Le Conseil européen, statuant à l'unanimité
sur proposition d'un tiers des États membres
ou de la Commission européenne et après
approbation du Parlement européen, peut
constater l'existence d'une violation grave
et persistante par un État membre des valeurs
visées à l'article 2, après avoir invité
cet État membre à présenter toute observation
en la matière.
3.
Lorsque la constatation visée au paragraphe
2 a été faite, le Conseil, statuant à la
majorité qualifiée, peut décider de suspendre
certains des droits découlant de l'application
des traités à l'État membre en question,
y compris les droits de vote du représentant
du gouvernement de cet État membre au sein
du Conseil. Ce faisant, le Conseil tient
compte des conséquences éventuelles d'une
telle suspension sur les droits et obligations
des personnes physiques et morales.
Les
obligations qui incombent à l'État membre
en question au titre des traités restent
en tout état de cause contraignantes pour
cet État.
4.
Le Conseil, statuant à la majorité qualifiée,
peut décider par la suite de modifier les
mesures qu'il a prises au titre du paragraphe
3 ou d'y mettre fin pour répondre à des
changements de la situation qui l'a conduit
à imposer ces mesures.
5.
Les modalités de vote qui, aux fins du présent
article, s'appliquent au Parlement européen,
au Conseil européen et au Conseil sont fixées
à l'article 354 du traité sur le fonctionnement
de l'Union européenne.».
7 – Ce que résume l’explication du député PPE (droite,
opposé aux résolutions), Mathieu Grosch : « Je considère le
débat sur la liberté de la presse comme très important. La situation en Italie
est inquiétante, mais il appartient à ce Parlement européen de débattre sur ce
thème en général ou sur tous les pays qui posent problème en la matière. Ne
citer que l'Italie tout en sachant que des problèmes existent aussi dans
d'autres pays, par exemple la Roumanie, la Bulgarie, le Portugal, la Hongrie,
relève d'un débat partisan qui ne contribue pas à la liberté d'expression et de
la presse ».
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