|
Le
Traité de Lisbonne a introduit l’initiative citoyenne. Il s’agit d’un
instrument de démocratie directe par lequel un million de citoyens de l’Union
européenne demandent à la Commission européenne de présenter une proposition
législative.
Il
reste à savoir comment va s’exercer concrètement de droit de pétition
législative. La Commission européenne a récemment présenté des propositions à
cette fin (1). Mais sans attendre cette proposition qui fait suite
à un livre vert, le Parlement européen s’est saisi de la question le 24/03/2010,
notamment pour faire le point sur les questions qui font débat. Elles portent
tout d’abord sur le nombre d’états membres dont doivent être issus les
signataires de la pétition. Le Traité se limitant à évoquer « un nombre
significatif d’états membres », il reste à définir ce nombre. Or, la
Commission européenne propose que les signataires proviennent d’un tiers des
états donc de neuf pays dans l’Union européenne actuelle au motif que cette
exigence garantit que les initiatives citoyennes soient représentatives d'un
intérêt de l'Union. Le Parlement européen plaide, pour sa part, en faveur d’une plus grande ouverture de
l’exercice du droit d’initiative en proposant un quart (donc 7 dans l’UE
actuelle).
La
Commission européenne estimant qu’un pourcentage identique pour tous les États
membres ne serait pas équitable, elle propose un seuil fixe pour chaque État
membre, dégressivement proportionnel à sa population, avec un seuil minimum et
un plafond. Il
permettrait un nombre de signataires proportionnellement
plus faible pour les grands
pays et proportionnellement plus élevé pour les petits pays (2).
L’autorisation
des pétitions par internet est un autre point qui fait débat. Elle est demandée
par les organisations non gouvernementales et la société civile (voir la
présentation des résultats de la consultation sur le Livre vert dans
l’introduction de la proposition de règlement de la Commission). Mais la
Commission européenne se montre réticente en arguant de la difficulté pour
authentifier les signatures. Elle
propose des règles communes pour la récolte, la vérification et
l'authentification des signatures mais que la vérification en elle-même soit
faite par les autorités nationales de chaque pays.
La
collecte des déclarations de soutien devrait être libre, mais des dispositifs
de sécurité doivent être appliqués afin
de garantir que les déclarations de soutien collectées en ligne soient
aussi authentiques que celles collectées sur papier et que les États membres
puissent les contrôler de la même façon.
Le
délai de collecte des déclarations de soutien serait de 12 mois.
Quant
à la recevabilité des initiatives proposées la proposition prévoit que
l'organisateur d'une initiative devra déposer auprès de la Commission une
demande de décision concernant la recevabilité de l'initiative une fois
collectées 300 000 déclarations de soutien de signataires provenant d'au moins
trois États membres. La Commission aura alors deux mois pour évaluer si
l'initiative entre dans le champ de ses attributions, si elle concerne un sujet
pour lequel un acte juridique de l'Union peut être adopté et pour prendre une
décision. Cette proposition rejoint celle du Parlement européen qui a demandé
le 24 mars que la vérification légale de la recevabilité d’une initiative citoyenne
(par exemple : savoir si le sujet abordé entre bien dans le champ de
compétence de l’UE) soit faite en amont, c’est à dire avant que les signatures
ne soient recueillies, les considérations politiques devant être débattues dans
un second temps.
Une
fois toutes les signatures recueillies et l’initiative déposée, la Commission aura un délai de quatre mois pour l’examiner. Elle devra ensuite
présenter ses conclusions sur l'initiative et l'action qu'elle compte
entreprendre dans une communication qui sera notifiée à l'organisateur ainsi
qu'au Parlement européen et au Conseil. Cette communication sera également
publiée.
19/04/2010
1 - Proposition
de règlement du Parlement européenne et du Conseil relatif à l'initiative
citoyenne, COM(2010) 119 final du
31/03/2010
2 - Selon l’annexe I de la
proposition de règlement, le nombre minimal de signataires par État membre
serait le suivant : Autriche 14 250 ; Belgique 16 500 ; Bulgarie
13 500; Chypre
4 500 ; République tchèque 16 500 ; Danemark 9 750 ; Estonie 4
500 ; Finlande 9 750; France
55 500 ; Allemagne 72 000 ; Grèce 16 500 ; Hongrie 16 500 ;
Irlande 9 000 ; Italie 54 750 ; Lettonie 6 750 ; Lituanie 9
000 ; Luxembourg 4 500 ; Malte 4 500 ; Pays-Bas 19 500 ;
Pologne 38 250 ; Portugal 16 500 ; Roumanie 24 750 ; Slovaquie 9
750 ; Slovénie 6 000; Espagne
40 500 ; Suède 15 000 ; Royaume-Uni 54 750
|