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LConfrontés aux peurs de
leurs opinions publiques, les états européens
ont adopté des normes de contrôle et de
répression de l’immigration clandestine qui se
veulent plus dissuasives, ce qui n’exclut pas
des régularisations au coup par coup des
clandestins déjà entrés. Mais le problème de
l’immigration ne peut pas être réglé au seul
plan national, comme le montrent les drames
qui se déroulent dans les enclaves de Ceuta et
Melilla, aux frontières extérieures de
l’Union européenne. Des africains tués lors d'un
assaut de Melilla, plusieurs centaines de
réfugiés abandonnés par les autorités
marocaines en plein désert : les méthodes
expéditives et brutales des espagnols et des
marocains ont été condamnées par les ONG
humanitaires, mais les états de l’Union et la
Commission européenne se sont montrés plus
réservés même si la Commission a demandé des
réactions « proportionnées ». Des émissaires
de l’Union ont été dépêchés sur place pour
faire un rapport au Conseil des ministres «
Justice et affaires intérieures » qui
s’est réuni le 12/10 sur le thème de la lutte
contre l’immigration clandestine. La
conclusion unanimement admise est que le
problème est l’affaire de toute l’Union et
qu’il faut « renforcer la coopération" et
"travailler plus efficacement avec les pays
tiers », selon les termes employés par le
Ministre britannique des affaires
étrangères, M.Douglas Alexander, le 12
octobre, lors d’un débat au Parlement européen
consacré à l’immigration.
Encore faut-il savoir ce
que l’on entend par là car il existe plusieurs
façons de s’y prendre.
La première consiste à
demander aux pays tiers qu’il soient d’origine
ou de transit de jouer le rôle de « gendarmes
» pour l’Union en contrôlant et en refoulant
les migrants illégaux. Ainsi par exemple, des
accords sont conclus ou en voie de l’être,
avec ces pays pour organiser la réadmission.
Mais ils achoppent sur une difficulté majeure,
celle du financement de la prise en charge des
immigrés. L’Union européenne voudrait partager
la charge financière avec les pays de transit
et elle lie l’aide au développement qu’elle
leur octroie à la façon dont ils jouent leur
rôle de « gendarmes », ce qui a pour effet
pervers d’encourager de la part de ces pays
des comportement plus soucieux de résultats
quantitatifs que de respect des êtres humains.
Dans cette optique de coopération avant tout
policière et répressive, l’Union européenne
s’honorerait donc de prendre des mesures pour
garantir le respect des droits de l’homme et
le traitement humain de ceux qui sont «
coupables » de vouloir une vie meilleure.
La seconde façon
d’aborder le problème est de considérer que
les solutions ne peuvent se limiter au
renforcement des contrôles aux frontières, à
la surveillance policière, à l’édification des
murs. Tant que des hommes et des femmes dénués
de tout seront prêts à risquer leur vie pour
tenter de se construire un autre avenir, la «
forteresse » Europe sera indéfendable, à la
fois en pratique, et sur le plan moral, compte
tenu des valeurs humanistes que prônent les
pays de l’Union. Il faut agir sur le
long terme.
Dans cette optique, la
coopération passe par une aide au
développement des pays pauvres à se
développer. La politique européenne de
coopération au développement n’a-t-elle pas
pour objet « le développement économique et
social durable des pays en développement et
plus particulièrement des plus défavorisés
d'entre eux » ? (article 177 du traité
instituant la Communauté européenne).
Présentant le 12/10, sa proposition de «
stratégie de l’Union Européenne pour l’Afrique
», la Commission a rappelé cet objectif,
faisant le parallèle entre sa proposition et
les événements de Ceuta et Melilla. La «
stratégie » s'articule autour d’un certain
nombre d’axes pour assurer le développement
durable, telles que le maintien de la paix et
la sécurité et l'application des principes
d'une bonne gouvernance (dont on espère qu’ils
incluent la lutte contre la corruption).
L’accent est également mis sur la construction
de grandes infrastructures dans le domaine des
transports, de l'eau, de l'énergie, des
télécommunications et sur l'éducation. Un
programme d'échanges, de type Erasmus en
Europe, sera mis en place. Ceux qui en
bénéficieront s'engageront à contribuer au
développement de leur pays d'origine.
L’aide européenne à
l’Afrique devrait augmenter, passant de 17
milliards d'euros par an à environ 25
milliards d'euros d'ici 2010, conformément aux
engagements pris par les états de l’Union
d’augmenter l’aide publique au développement
afin d’atteindre 0,56% du revenu national brut
(RNB) d’ici 2010, et 0,7% d’ici 2015. En
2003, l’aide de l’Union européenne (Union plus
états membres) s’est élevée à 17053,5 millions
de dollars soit 60% de l’aide à L’Afrique (18%
de l’aide provient des Etats-Unis), selon les
chiffres de l’Organisation Européenne pour la
Coopération et le Développement
(OCDE) rapportés par la Commission
européenne ( Memo 05/370, « Questions and
Answers: The European Union Strategy for
Africa”, 12/10/2005). La question est de
savoir si les efforts futurs porteront
plus de fruits que les efforts passés.
Autrement dit, la stratégie annoncée le 12
sera-t-elle plus efficace que les actions
précédentes?
La stratégie pour
l’Afrique doit être approuvée par le Conseil
(c’est- à-dire par les états), et par le
Parlement européen.
Pour
en savoir plus:
Site de l'Organisation Européenne pour la
Coopération et le Développement
(OCDE)
Page de la politique de l'immigration de
l'Union européenne
13/10/2005
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