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Le 03/10/2008, la Commission européenne a présenté deux
propositions de directive afin de permettre aux citoyens de concilier plus facilement vie professionnelle
et vie privée et familiale.
L’une
d’elles institue un congé de maternité plus long (1).
Le constat est simple :
il est difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle et familiale .
Ainsi que le dit Vladimír Špidla, commissaire à l'emploi, aux affaires sociales
et à l'égalité des chances : « Avoir
des enfants coûte trop souvent aux femmes leurs revenus et leurs perspectives d'emploi.
Seules 65,5% des femmes ayant des enfants à charge
travaillent, contre 91,7% des hommes ». Pourtant, contrairement à ce que
l’on pourrait penser, les pays dans lesquels plus de femmes travaillent sont
également ceux qui ont des taux de natalité plus élevés. Dans une Europe
vieillissante pas question de renvoyer les femmes à la maison, au
contraire : travail et bébés ne sont pas incompatibles !
La proposition relative au congé de maternité révise une
directive européenne existante, la directive 92/85 (2).
Selon
la Commission, une amélioration
des conditions du congé de maternité peut contribuer à une hausse de
3 à 4 % du taux d’emploi des femmes. Une des principales modifications apportées concerne la durée du congé
qui passe de 14 à 18 semaines. Dans treize pays membres (Bulgarie, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, Hongrie, Irlande, Italie, Lituanie, Pologne, Roumanie,
Slovaquie et Royaume-Uni), le congé de maternité dure déjà dix-huit semaines ou
plus. Mais les nouvelles dispositions constituent une amélioration notable
de la situation des femmes dans les autres pays où la durée du congé est
inférieure (par exemple, en France : 16 semaines, comme en Autriche, aux
Pays-Bas, au Luxembourg ou à Chypre, en Belgique : 15 semaines, en
Allemagne : 14 semaines).
La proposition
recommande de maintenir l’intégralité du salaire durant les
dix-huit semaines du congé, mais laisse
les états membres libres de le plafonner à hauteur de la prestation de maladie.
Le nouveau texte donne aussi aux femmes plus de liberté
pour moduler l’utilisation de ce congé en leur permettant de choisir la période
à laquelle elles prendront la partie non obligatoire de leur congé (avant ou
après la naissance). Elles ne seront donc plus obligées de prendre une partie spécifique de leur
congé avant la naissance, comme c’est le cas actuellement dans certains pays
membres.
Enfin, la protection contre le
licenciement sera renforcée et les femmes auront le droit de retrouver leur emploi ou un
emploi équivalent au terme de leur congé de maternité. Le licenciement est
interdit pendant la durée du congé mais il est aussi interdit de préparer, pendant le congé de
maternité, un licenciement notifié après le retour de l’intéressée au
travail. La directive transpose sur ce point une jurisprudence de la Cour de
Justice des Communautés européenne (aff.C-460/06, Paquay) (3).
Les femmes pourront aussi
demander à leur employeur une adaptation de leur horaire de travail après le congé de maternité. L’employeur devra examiner la
demande mais ne sera pas obligé d’y souscrire.
Parallèlement à cette proposition
qui concerne les salariées, la Commission européenne a également présenté un
texte consacré spécifiquement aux femmes qui exercent une activité
indépendante afin qu’elles puissent bénéficier également d’un congé maternité
comme les salariées mais sur une base volontaire (4). La proposition révise
l’actuelle directive 86/613 sur l'égalité
de traitement entre hommes et femmes exerçant une activité indépendante (5).
Les
conjointes et « partenaires de vie » reconnues comme telles par le
droit national qui travaillent régulièrement dans des petites entreprises familiales, comme une
exploitation agricole ou un cabinet médical local, sans en être associées ou
salariés auront, à leur demande, accès à la sécurité sociale et leur niveau de
protection sera au moins équivalent à celui des travailleuses qui exercent
formellement une activité indépendante. Actuellement, dans dix-huit États
membres (Autriche, Bulgarie, République tchèque, Estonie, France, Allemagne,
Grèce, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Portugal, Roumanie,
Slovaquie, Slovénie et Royaume-Uni), la protection sociale accordée aux
conjoints aidants ne tient pas compte de cette contribution et nombre de ces
derniers se retrouve retrouvent sans revenu ni protection en cas de divorce ou
de décès du travailleur indépendant.
De façon plus générale, une communication de la Commission
donne des pistes pour que la vie personnelle et la vie professionnelle puissent
être plus aisément compatibles. Cela passe par une amélioration d'autres formes
de congé familial, comme le congé de paternité (congé de courte durée pour les
pères au moment de la naissance ou de l'adoption d'un enfant), le congé
d'adoption (congé semblable au congé de maternité au moment de l'adoption d'un
enfant) et le congé filial (pour s'occuper de membres de la famille à charge).
Le congé parental, quant à lui,fait actuellement l’objet de négociations entre
les partenaires sociaux européens depuis le 17 septembre 2008, dont l’objet est
de réviser les règles actuelles (directive 96/34 reprenant l’accord cadre sur le
congé parental intervenu entre les
partenaires sociaux) (6). Enfin, des mesures d’accompagnement comme la
multiplication des structures d’accueil des enfants devraient être mises en œuvre dans les états qui s’y
étaient engagés à Barcelone en 2002.
Au sommet de Barcelone, en 2002, le Conseil européen avait fixé comme objectif la mise en place, d’ici
2010, de structures d’accueil pour au moins 90 % des enfants âgés entre trois
ans et l’âge de la scolarité obligatoire et au moins 33 % des enfants âgés de moins de
trois ans. L'existence d’une offre de services de garde
d’enfants constitue en effet un élément essentiel pour parvenir à l’égalité des
chances en matière d’emploi entre les femmes et les hommes.
Or,
si « quelques » progrès ont été réalisés, un rapport rendu public par
la Commission européenne le 03/10/2008, révèle qu’au niveau de l’Union
européenne, les parents sont toujours confrontés à une pénurie de services de
garde d’enfants, en particulier pour les enfants de moins de trois ans. Pour ceux-ci, seuls cinq États membres
(Danemark, Pays-Bas, Suède, Espagne, Belgique) ont dépassé l'objectif de Barcelone
de 33 % de taux de couverture, et cinq autres (Portugal, Royaume-Uni, France,
Luxembourg, Slovénie) s'en rapprochent. Mais il faut encore préciser que les heures
de fréquentation de ces services varient fortement d'un pays à l'autre, et que
la proportion de centres de garde qui ne fonctionnent qu'à temps partiel est
particulièrement importante dans de nombreux pays( Pays-Bas et Royaume-Uni
notamment : dans ce deux pays l’accueil est presque exclusivement assuré
par des services de garde à temps
partiel). Quant
aux enfants âgés entre 3 ans et l'âge
de la scolarisation obligatoire, huit États membres
(Belgique, Danemark, France, Allemagne, Suède, Espagne, Italie) ont dépassé
l'objectif de Barcelone de 90 % de taux de couverture, tandis que trois autres
(Royaume-Uni, Chypre, Pays-Bas) en sont proches. Sept États (Estonie, Slovénie,
Hongrie,Finlande, Portugal,Autriche, Slovaquie) ont un taux important mais plus
éloigné, compris entre 70 % et 85 %. Là encore, ces pourcentages doivent être
relativisés dans la mesure où une proportion élevée des structures d'accueil
des enfants de cette tranche d'âge ne fonctionnent qu’à temps partiel.
L’Union européenne contribuera au comblement
de ces lacunes en cofinançant la construction des structures de garde
d’enfants à
concurrence d'un demi milliard d’euros jusqu’en 2013, dans le cadre des fonds
structurels.
Quant aux deux propositions de directive sur
l’égalité , elles doivent être examinées selon
la procédure de codécision par le Parlement européen et le Conseil (qui vote
dans cette matière à la majorité qualifiée). Au mieux elles pourraient être
adoptées en 2009.
09/10/2008
1 - Proposition
de directive portant modification de la directive 92/85/CEE du Conseil
concernant la mise en œuvre de mesures visant à promouvoir l’amélioration de la
sécurité et de la santé des travailleuses enceintes, accouchées ou allaitantes
au travail, COM(2008) 600/4
2
- Directive 92/85 du 19 octobre 1992, concernant la
mise en oeuvre de mesures visant à promouvoir l'amélioration de la sécurité et
de la santé des travailleuses enceintes, accouchées ou allaitantes au travail
3 -
CJCE, 11 octobre 2007,
aff.C-460/06, Nadine Paquay c. Société
d’architectes Hoet + Minne SPRL
4 - Proposition
de directive concernant l'application
du principe de l'égalité de traitement entre hommes et femmes exerçant une activité indépendante et
abrogeant la directive 86/613/CEE, COM(2008)
601/3
5
- Directive 86/613 du 11 décembre 1986 sur
l'application du principe de l'égalité de traitement entre hommes et femmes
exerçant une activité indépendante, y compris une activité agricole, ainsi que
sur la protection de la maternité
6
- Directive 96/34/CE du Conseil du 3 juin 1996
concernant l'accord-cadre sur le congé parental conclu par l'UNICE, le CEEP et
la CES
7
- Conseil européen de Barcelone des 15 et 16 mars
2002
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