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Comme toute spécialité, le droit communautaire se dérobe au
non initié en se dissimulant derrière
un jargon de nature à décourager les plus motivés des chercheurs d'information.
Perdus dans les acronymes, sigles et expressions hermétiques comme
"abstention constructive", "comitologie", "Coreu ou
correspondance européenne", etc...(la charité m'interdit d'aller plus
loin), la tentation est grande de jeter
l'éponge et, pour les plus désespérés, d'aller derechef rédiger une nouvelle
constitution européenne!
Prenons, par exemple, l'expression HERA II, d'actualité récente. Difficile de penser qu'il s'agit
d'une
opération de surveillance décidée par Frontex, l'Agence européenne « pour la gestion de la coopération
opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l'Union ». Cet organisme, créé par un règlement européen du 26/10/2004 (2)
coordonne l’action des différentes administrations nationales chargées du
contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne pour empêcher autant
que faire se peut que celles-ci ne soient des passoires. Son rôle va de la
réalisation d’ « analyses de risques » à la formation de garde-frontières en passant par la mise en place d’opérations de surveillance.
L'opération HERA II
a été lancée le 11
août. Il s’agit de patrouilles longeant
les côtes africaines (le long des eaux territoriales de Mauritanie et du
Cap-Vert) pour arrêter les migrations vers les
îles Canaries. Deux navires italien et portugais, ainsi que deux avions
italien et finlandais viennent en appui aux deux bateaux et deux hélicoptères
espagnols qui surveillent déjà la zone. L’opération HERA II devrait durer entre
7 et 9 semaines, et bénéficie d’un financement de 3,2 millions d'euros.
Le commissaire européen chargé des questions de justice et
d’immigration, Franco Frattini, a qualifié le lancement d'HERA II de « moment
historique pour la politique européenne d’immigration et d’expression tangible
de la solidarité entre états membres ». Mais voilà, la traque des immigrants clandestins a assez
mauvaise presse, et l’opinion est partagée entre inquiétude devant
l’immigration illégale et mauvaise conscience devant la détresse qu’elle
exprime. Du coup, la communication sur cette politique européenne qui est une
des
seules à progresser actuellement, reflète cette dualité. D’un coté est mise en
avant la nécessité de lutter contre l’immigration clandestine et le trafic d’êtres humains qui l’accompagne.
De l’autre l’Union européenne se
défend de vouloir construire une
« Europe forteresse » et argumente sur le caractère
« humanitaire » des patrouilles qui permettent d’éviter que des
immigrants sur des embarcations de fortune ne disparaissent en mer comme cela vient encore d’arriver au
large des cotes siciliennes. Mais le succès de la politique européenne
dépend aussi de la coopération des états d’origine des migrants, et c’est
pourquoi la politique d’immigration cumule mesures répressives de l’immigration
clandestine, encadrement de l’immigration légale, aide et partenariat avec les
pays tiers.
Le
samedi 19 août une embarcation transportant des immigrants clandestins a
chaviré au large de la Sicile. Selon les premières nouvelles de la matinée, dix
personnes avaient été retrouvées noyées , 70 avaient été sauvées et une
quarantaine étaient encore recherchées. D’autres HERA II vont être lancées. Une
est déjà annoncée pour bientôt. Elle s’appellera Jason. Il n’y aura pas de
toison d’or en récompense. Seuls des rafiots transportant la misère humaine.
19/08/2006
Plus d'information sur la politique
européenne d'immigration:
L'Union
européenne confrontée à l'immigration illégale
1-Abstention constructive : procédure qui prévoit, dans le cadre de la politique étrangère et de
sécurité commune (PESC), qu'une abstention d'un État membre lors du vote au
sein du Conseil ne fasse pas obstacle à l'unanimité.
Comitologie : la Commission est
chargée d’exécuter la législation européenne. A cette fin elle est assistée d’un comité dont les interventions et le rôle
plus ou moins importants sont réglées par la procédure dite de
« comitologie ».
Le COREU (CORrespondance EUropéenne) est un réseau de communication de
l'Union européenne entre les États membres et la Commission pour la coopération
dans les domaines de la politique étrangère. Il facilite une prise de décision
rapide en cas de crise.
2- Règlement n° 2007/2004 du 26 octobre 2004 (JO L 349 du 25.11.2004).
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