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L’Union européenne peaufine sa stratégie énergétique

     

 

Dans le prolongement des orientations fixées en matière de politique de l’énergie, la Commission européenne a rendu public le 13/11/2008 un nouveau paquet de mesures accompagnées  d’un ensemble de documents qui exposent plus détail les lignes d’action proposées.

Ces mesures doivent concourir à réaliser l’objectif des « trois 20 » que s’est donné l’Union européenne : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique et améliorer de 20 % l'efficacité énergétique, le tout avant 2020. Une autre priorité des actions proposées est d’assurer la sécurité énergétique. Mais il s’agit aussi d’analyser les choix faits et à faire, alors que les marchés mondiaux de l’énergie connaissent une mutation importante tout comme les relations internationales. D’où la qualification d’analyse stratégique de la politique énergétique donnée à cet ensemble de textes. 

L’urgence est réelle : «Le prix de l’énergie dans l’Union européenne a augmenté en moyenne de 15 % au cours de l’année dernière » a rappelé le Président de la Commission européenne, et « L'UE importe 54 % de son énergie pour un coût de 700 € par citoyen. Il est urgent que nous remédions à cette situation en prenant des mesures pour accroître notre efficacité énergétique et réduire notre dépendance à l'égard des importations. Nous devons investir et diversifier ».

  • Des mesures pour atteindre l’objectif 20-20-20 : Pour assurer l’approvisionnement de l’Union européenne tout en permettant la diversification économique, la Commission rappelle la nécessité de favoriser des ressources énergétiques moins polluantes, plus variées et de meilleur rendement. Au nombre des pistes proposées par la Commission pour réaliser l’objectif de 20 % d’énergies issues de sources renouvelables d’ici 2020 figure  l’énergie éolienne et en particulier l’énergie éolienne en mer. Si celle-ci nécessite des infrastructures plus  complexes et plus coûteuses à installer et à entretenir que l’éolien terrestre , elle présente des avantages, puisque le vent est généralement plus fréquent, plus fort et plus stable en mer, ce qui permet une production par unité installée nettement supérieure et que l’on peut implanter des éoliennes plus grandes. Dans une communication, la Commission propose une solution au niveau européen qui passe par la coopération transfrontalière pour partager les expériences et collaborer plus étroitement dans des domaines tels que le réseau électrique et la planification de l’espace maritime, les pratiques réglementaires en matière d’investissements dans l'interconnexion et les évaluations des incidences des parcs éoliens sur l’environnement. Une autre piste est de développer la cogénération dans toute l’Union européenne. Elle consiste à produire à la fois de l’électricité et de la chaleur en utilisant  l’électricité elle-même et la chaleur qui se dégage lors de sa production au lieu qu’elle soit libérée dans l’environnement, et donc perdue, comme c’est le cas dans la production électrique traditionnelle. En évitant cette déperdition, la cogénération permet d'employer la chaleur localement pour le chauffage, par exemple des systèmes de chauffage urbain ou de serres. Il existe déjà un texte européen  (directive 2004/8 du 11 février 2004 concernant la promotion de la cogénération sur la base de la demande de chaleur utile dans le marché intérieur de l’énergie et modifiant la directive 92/42) que la Commission européenne propose de compléter.

 

  • Une nouvelle politique relative aux réseaux et infrastructures d’énergie : Pour stimuler l’investissement dans des réseaux d’énergie compatibles avec les énergies renouvelables à faibles émissions de carbone et remplaçant les infrastructures vieillissantes, des milliards d’euros d’investissement doivent être investis. Depuis treize ans, l'Union européenne aide les projets destinés à améliorer les réseaux européens d'énergie dans le cadre du programme relatif aux réseaux transeuropéens dans le secteur de l’énergie (RTE-E). La Commission propose de mettre à jour ces RTE-E. Mais elle propose d’autres actions.  Dans un livre vert sur les réseaux d’énergie, six initiatives stratégiques sont répertoriées: un plan d'interconnexion pour la région balte pour assurer l'interconnexion totale des pays de l'UE situés sur le pourtour de la mer Baltique et de la mer du Nord, un anneau méditerranéen de l'énergie qui permettra de développer et de partager les ressources en énergies renouvelables et les réserves de gaz d'Afrique du Nord, des interconnexions gazières et électriques traversant l’Europe du Centre et du Sud-Est selon un axe nord-sud, un réseau d’énergie en mer du Nord, un corridor gazier méridional et des approvisionnements efficaces en gaz naturel liquéfié (GNL) pour l’Europe. Sur le nucléaire, la Commission présente une mise à jour de son programme indicatif nucléaire de 2007 (PINC). Elle reconnaît à  l'énergie nucléaire « un rôle important à jouer dans le passage à une économie à faible intensité carbonique et dans la réduction de la dépendance de l'UE à l'égard des approvisionnements extérieurs » . 148 réacteurs répartis sur 15 États membres assurent la production d'environ un tiers de l'électricité de l'Union européenne. Mais la décision d'introduire l'énergie nucléaire dans le bouquet énergétique appartient à chaque État membre. Or, on le sait, certains états membres sont opposés à cette énergie. Dès lors, sur des questions essentielles abordées dans la communication de la Commission comme   la relation entre l'énergie nucléaire et la sécurité d'approvisionnement, les besoins d’investissement pour remplacer ou prolonger les centrales existantes, ou encore le rôle des pouvoirs publics, notamment en ce qui concerne la sûreté nucléaire et la gestion des déchets radioactifs, la décision reste nationale même si les effets sont européens.

 

  • Plan d'action européen en matière de sécurité et de solidarité énergétiques pour garantir un approvisionnement énergétique durable : « La précarité galopante » de la sécurité de l'approvisionnement énergétique de l'Europe est une préoccupation majeure, puisque « même si les objectifs relatifs aux énergies renouvelables sont atteints », signale la Commission, « l'Europe sera probablement contrainte d'importer davantage qu'à l'heure actuelle ». Cinq domaines doivent faire l’objet d’une action prioritaire pour sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne et le rendre plus viable :

 

    1. La construction des infrastructures indispensables
    2. L’utilisation par l’Union de ses propres ressources énergétiques, qu'elles soient renouvelables ou fossiles
    3. Les dispositifs de solidarité qui incluent notamment les mécanismes de gestion de crise de l'Union européenne,  les stocks pétroliers et de nombreux mécanismes pour faire face aux éventuelles interruptions de l'approvisionnement gazier. Ainsi, par exemple, pour assurer la sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel (deuxième source d’ énergie combustible utilisée dans l’Union soit environ un quart de la consommation intérieure brute d’énergie), la Commission appelle à ouvrir un débat avec les États membres et les institutions européennes, ainsi qu’avec les autres parties prenantes, pour réviser la directive 2004/67  sur la sécurité de l’approvisionnement en gaz. L’objet est de rapprocher les normes de sécurité d’approvisionnement, de rendre plus transparentes les données sur la sécurité de l’approvisionnement en gaz et  d’établir un plan d’urgence à l’échelon de l’Union européenne.La coopération  transfrontalière est en effet un élément primordial puisque les marchés du gaz ont un caractère essentiellement régional et que plusieurs États membres sont connectés le long du même oléoduc principal, ce qui les rend interdépendants de leur comportement et de leur consommation respectifs. En cas de crise, la solution ne peut qu’être transnationale. La Commission européenne propose aussi de modifier les règles actuelles sur les stocks de pétrole de sécurité. Les états membres doivent maintenir un niveau minimum de stocks de pétrole brut et/ou de produits pétroliers. Selon les pays membres, l’approvisionnement est garanti par des stocks détenus par les états, ou par des agences de stockage spécifiques, ou encore tout simplement, en comptant sur les stocks détenus par les entreprises. Jusqu’ici, observe la Commission, le  système actuel s’est avéré efficace pour faire face aux ruptures d’approvisionnement. Mais il peut être modifié en le rendant plus compatible avec le système  géré par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour simplifier la mise en conformité et réduire la charge administrative qui pèse sur les États membres et en assurant mieux la disponibilité de ces stocks. Selon la Commission, il faudrait en effet passer à un système dans lequel une partie des stocks de sécurité seraient  détenus de préférence par le gouvernement ou une agence nationale de stockage, dans un premier temps de façon facultative qui pourrait devenir une obligation après une période de trois ans. Les procédures à suivre en cas d’urgence et les règles d’utilisation des stocks de sécurité seraient également modifiées pour faciliter une  réaction en temps utile au niveau de l’Union en cas de rupture d’approvisionnement.
    4. Des efforts supplémentaires doivent être consentis d’urgence pour améliorer l’efficacité énergétique.
    5. Les relations internationales de l’Union européenne doivent accorder plus de place à l’énergie. L’interdépendance avec les pays fournisseurs, les pays de transit et les pays consommateurs contribuera à la réalisation des objectifs de la politique énergétique de l’Union européenne et aidera celle-ci « à influer davantage sur les évolutions énergétiques internationales ». Cela suppose aussi une coordination plus étroite entre les États membres et de ceux-ci avec la Commission en ce qui concerne les relations extérieures dans le domaine de l'énergie.

     

  • En outre, un ensemble de mesures d’efficacité énergétique vise à réaliser des économies d’énergie dans des domaines essentiels, notamment en étoffant la législation relative à l’efficacité énergétique applicable aux bâtiments et aux produits consommateurs d’énergie, et en renforçant le rôle des certificats de performance énergétique ainsi que des rapports d’inspection sur les systèmes de chauffage et de climatisation. La directive 2002/91 sur la performance énergétique des bâtiments devra être révisée avec pour objectif de réaliser des économies d’énergie de 60 à 80 Mtep (millions de tonnes-équivalent pétrole)  en 2020, soit une baisse de 5 à 6 % de la consommation d’énergie totale de l’Union européenne. Le certificat de performance énergétique deviendra  un véritable label énergétique pour les constructions et figurera dans toutes les publicités pour la vente ou la location du bâtiment. Le champ d’application de la directive est élargi : actuellement, si une rénovation est entreprise, les niveaux d’efficacité énergétique à atteindre s’appliquent aux bâtiments de plus de 1000 m². Le nouveau texte proposé par la Commission prévoit que seront concernées toutes les rénovations importantes. Outre cette modification de la directive sur la performance énergétique des bâtiments, la Commission européenne propose aussi d’étendre le champ d’application de l’étiquetage énergétique. La directive 92/75 prévoit d’apposer une étiquette «A-G» sur des appareils tels comme les lave-linge, les lave-vaisselle, les réfrigérateurs ou les fours. En 14 ans d’application elle a fait la preuve de l’efficacité de cette information. Son champ d’application serait  étendu aux produits consommateurs d'énergie utilisés dans les secteurs industriel et commercial et aux produits liés à l'énergie qui ont un impact sur la consommation énergétique pendant la phase d'utilisation, par exemple les fenêtres isolées. La Commission estime que la mise en œuvre des ces modifications pourraient permettre des économies d'énergie de 27 Mtep par an d'ici 2020, ce qui représente une réduction annuelle des émissions de CO2 de 80 Mt (l'équivalent des émissions annuelles prévues pour l'Autriche en 2020), sur la base des économies réalisées uniquement grâce aux appareils de chauffage et réfrigérateurs commerciaux et aux fenêtres.

20/11/2008

 

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