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Course de vitesse contre les marchés
Les nuages s’amoncellent sur la Grèce et corrélativement
sur la zone euro, malgré le plan d’aide annoncé
le 11/04 (voir la brève d’information ) et malgré les engagements d’austérité
budgétaire pris par le Gouvernement
grec. Dans un premier temps, les
autorités grecques ont pu emprunter sans avoir à demander l’activation
des mesures décidées par ses partenaires européens. Mais le 23/04/2010, un
communiqué conjoint
de la Commission européenne, de la Banque Centrale européenne et de la
Présidence de l’Eurogroupe
annonçait que le Gouvernement grec allait demander officiellement l’activation
de l’aide
financière européenne.
Car la
mollesse du soutien européen et le scepticisme de l’Allemagne sur la capacité
des grecs à se
serrer la ceinture ont donné un signal désastreux aux marchés en les
convainquant qu’il n’y avait aucune solidarité au sein de la zone euro. Le
résultat on le connaît : le 28/04, dégradation brutale, par l'agence de notation Standard and Poor's, de
la note de la dette de la Grèce, qui passe à BB+, ce qui signifie
qu ‘acheter des obligations grecques est un investissement à haut risque, spéculatif (« obligations
pourries ») en raison du supposé risque important de non remboursement. Evidemment, on peut s’interroger sur
cet étrange comportement qui consiste à prendre comme parole d’évangile la notation par des agences qui n’ont pas vu
venir la crise des subprimes et dont l’impartialité est
sujette à caution (2). Mais le mal est fait et la peur de la contagion gagne la zone euro, car le Portugal
est à présent dans la ligne de mire des spéculateurs sa note ayant été dégradée par la
même agence de notation. Plus tard dans l’après midi du 28/04, la dégradation de la
note de l’Espagne était également rendue publique. A qui le tour ensuite ?
Devant la panique qui gagne, l’Union européenne s'est
longtemps hâtée
lentement : encore récemment, le Président de l'Union européenne Herman Van Rompuy a d'abord
convoqué un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de
l'Eurogroupe "autour du 10 mai", date qui avait l'avantage d'être
le lendemain des élections régionales allemandes,
mais l'inconvénient de faire perdre encore
un temps devenu précieux. Mais
devant l'aggravation de la situation, les présidents du FMI et de la BCE, Dominique Strauss-Kahn
et Jean-Claude Trichet se sont rendus en déplacement à Berlin
pour tenter de vaincre les réticences des parlementaires allemands. Au terme de cette folle journée du 28
avril, il était clair qu'un "signal
fort" devait être envoyé pour éviter
la contagion. Et
finalement, les décisions de déclenchement de
l’aide ont été annoncées dès le dimanche 2 mai. Les
Ministres des Finances de la zone euro ont donné
leur accord au l'activation du mécanisme d’aide à la Grèce qui permettra donc
à celle ci de disposer de 110 milliards d’euros pour la période 2010-2013,
dont 80 proviendront des états, le reste
du FMI. Il reste encore aux parlements
nationaux à approuver ces aides. Le feu vert officiel devrait être donné par les
chefs d'Etat et de gouvernement de la zone
euroe à la fin de la semaine. Selon une dépêche de l’AFP du 03/05/2010,
« les premiers prêts de l'UE et du FMI… arriveront à temps pour permettre à la Grèce
d'honorer l'échéance du 19 mai, jour où elle doit rembourser
9 milliards ».
La BCE a quant à elle annoncé, dans un communiqué
de presse du 03/05/2010 (3) qu’elle lève jusqu’à nouvel ordre toute condition
relative à la notation de crédit pour les titres de dette grecs qu'elle accepte en
contrepartie de prêts. Ces prêts sont attribués
par la BCE pour refinancer les banques de la zone euro, en échange de titres de dette. Jusqu’à présent, la BCE
conditionnait cette intervention à la notation obtenue par la dette d’un état. C'est donc une mesure tout à fait inédite qui vient
d’être prise par la banque centrale
européenne afin de soulager la Grèce et les banques qui possèdent des
obligations grecques.La suspension s'applique à tous les instruments de
dette nouveaux ou existants
produits ou garantis par le gouvernement grec", précise le communiqué.
Une brusque
accélération du calendrier après des semaines
d'atermoiements qui font dire à certains
que "l'Europe a été en dessous de tout" pour
reprendre les propos du journaliste
Christian Chavagneux dans son analyse de la réaction de l’Union européenne à la crise
grecque (2).
Mais
il y a maldonne sur les responsabilités.
Et c’est l’erreur fréquemment commise que de penser que l’UE, en
tant que telle, c’est à dire telle qu’elle fonctionne par les institutions
européennes, peut faire quelque chose. D'une part, parce que ce n'est pas de
l'UE qu'il s'agit ici mais de la zone euro.
Ensuite, parce que ni M.Barroso, ni M.Van Rompuy n’ont
en l’occurrence les compétences pour prendre des décisions qui relèvent
toujours des Etats souverains. Il faut donc arrêter de leur tirer
dessus à boulets rouges car c’est se tromper de cible. Mais il est vrai que ce
n’est qu’un nouvel exemple de la
confusion faite, et souvent volontairement entretenue, entre l’UE et ses états.
La
contribution française
Dans la
bérézina communautaire actuelle, une bonne nouvelle est
venue de la France où les députés de la commission des finances de l’Assemblée
nationale, opposition comme majorité, ont donné leur accord au prêt de la
France. La discussion et le vote auront lieu les 3 et 4 mai et le texte devrait être voté sans difficulté.
Un nouveau programme intitulé « Prêts aux États
membres de l’Union européenne dont la monnaie est l’euro » est
créé dans la loi de finances rectificative pour 2010.
Le prêt
pourra atteindre 6,3 Md euros pour 2010 en autorisations d’engagement qui correspondent à l’engagement maximal de la
France sur les 30 milliards d’euros d’aide
européenne annoncée pour la première année, soit 20,97 %, (le niveau de participation de chaque État
membre est calculé au prorata de sa participation au capital de la BCE (4). Sur
cette somme, 3,9 milliards d'euros sont inscrits comme crédits de
paiement ce qui signifie qu’ils pourront être décaissés au cours de l’exercice fiscal 2010. La différence
entre les deux sommes s’explique par le pari fait que ces crédits seront
suffisants pour que la
Grèce puisse financer le reste de ses besoins de financement directement sur le
marché.
L’aide à la Grèce étant un prêt, elle n’aura pas d’impact
sur le déficit public de la France, puisqu’il
ne s’agit pas d’une dépense définitive pour le budget de l’État (sauf
évidemment si la Grèce ne pouvait pas rembourser).Le prêt ne sera mobilisé, précise le Gouvernement,
que conjointement avec les pays
partenaires de la zone euro.
Il sera accordé moyennant un taux d'intérêt de 5%, que d’aucuns, à l’instar du député
socialiste François Hollande jugent
trop élevé, une opinion réfuté par le Ministre du budget, Francois Baroin lors de son
audition par la Commission des finances de l’Assemblée (5). Mais François Baroin
a aussi reconnu qu’il s’agit d’un taux nettement supérieur
à celui auquel les autres États membres de la zone, notamment la France, se
financent (aux alentours de 1,5 % en ce qui concerne la France). Autant dire
que le prêt à la Grèce est présenté comme une bonne opération, la France
empruntant pour prêter à un taux bien inférieur à celui qui rémunèrera son
prêt. La solidarité européenne dans ces conditions est une bonne affaire pour
les français et les autres.
Une
potion bien amère pour les Grecs
Pour les grecs, en revanche la potion est amère, et passe par la
mise en œuvre d’un programme drastique d’assainissement des comptes publics qui devrait permettre de
réduire le déficit public de quatre points de PIB dès cette année. L’aide est accordée en contrepartie d’un sévère plan
d’austérité présenté par le gouvernement grec, après des négociations avec ses
partenaires européens et le FMI. Le plan prévoit des économies de 30 milliards
d’euros pour faire passer le déficit public au dessous de la barre des 3% du
PIB en 2014. Parmi les mesures annoncées, on trouve l’augmentation de la
TVA de 21% à 23% ainsi que celle des taxes sur le tabac et l’alcool, la baisse
des salaires des fonctionnaires par la limitation des primes versées et qui
équivalaient à un 13ème et 14ème mois,
le gel des embauches en 2010, la réduction des dépenses militaires, médicales,
d’éducation, d’investissement...
De l’avis même de François
Baroin,le 28 avril, les efforts demandés par le gouvernement grec à sa population sont
« considérables », car l’idée qui domine est que la Grèce doit
assumer les conséquences des maquillages comptables auquel s’est livré son
gouvernement précédent pour présenter d’un déficit compatible avec les critères
du pacte de stabilité. Si ce raisonnement se comprend, il n'en reste pas moins
que ces trucages étaient connus depuis de nombreuses
années (voir la brève d'information de septembre 2004: Déficits publics maquillés)
et que les
états (et la Commission européenne) se sont montrés pour le moins complaisants,
une attitude qui rend assez choquante la rigueur actuelle
dont ils font preuve et leur manque d’empressement à épauler la Grèce face aux marchés. Et que pensera
la population grecque de cette « solidarité rémunératrice », pour
reprendre l’heureuse formule du député Henri Emmanuelli ?
03/05/2010
Actualisation le 04 mai:
Les députés ont adopté en 1ère
lecture, dans la nuit de lundi à mardi
l'aide à la Grèce. Elle s’élève à 16,8 milliards d'euros de prêts, en crédits
d’engagement (programmés) pour les trois ans à venir, et à 3,9 milliards en crédits de paiement (décaissés) en
2010. Le vote a été effectuée à main levée, sans amendement. Les députés PCF et Parti de gauche, ainsi que Nicolas
Dupont-Aignan (Debout la République), ont voté contre. Le texte est à présent devant le Sénat. Le texte devrait
être définitivement adopté jeudi.
1 – Le Commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, a annoncé
qu’il envisageait de présenter un projet de création d’une agence de notation
européenne, signe manifeste de défiance à l’égard des actuelles agences nord
américaines. Par ailleurs, un règlement européen sur les agences de notation
a été adopté (voir la brève d'information:
règlement
sur les agences de notation)
2 - Intervention lors du journal télévisé de 13 h de France2, mercredi
28/04/2010
3
- ECB, Press release, 3 May 2010 - "ECB announces change in eligibility of debt instruments
issued or guaranteed by the Greek government"
4 - http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/deuxieme_collectif_2010.asp
5 -
Compte rendu, Commission des Finances, Assemblée Nationale, Audition
de M. François BAROIN,
ministre du Budget, des comptes
publics et de la réforme de l’État, sur le projet de loi de
finances rectificative pour 2010 , mercredi 28/04/2010
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