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L'Europe des 27 c'est compliqué, on le sait, et cette complication
commence par les textes qui en régissent l'organisation et le
fonctionnement. Qu'à cela ne tienne...Les états n'ont pas hésité
à greffer un nouveau traité à cette construction déja alambiquée.
Etait-ce indispensable?
Est-ce suffisant?
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Un
nouveau sommet des chefs d'état et de gouvernement des pays de
l'Union européenne s'est soldé par une série de décisions
engageant l'avenir de l'Union.
Le
traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES)
a
été approuvé par les dix-xept pays de la zone euro et signé le 02 février.
Il devrait entrer en vigueur en juillet 2012 après sa ratification dans les différents pays. Les
ressources affectées au MES et au Fonds européen de stabilité
financière (FESF) auquel il se substituera seront analysées lors
du Conseil de mars et pourraient être revues si elles sont jugées
insuffisantes. Autre décision: le refus d'étudier la proposition
plus ou moins officieuse de placer la Grèce sous "tutelle"
en affectant à cette tâche un commissaire européen qui aurait eu
un droit de veto sur les décisions des autorités grecques dans le
domaine budgétaire. La Grèce garde donc sa souveraineté (
souveraineté d'ailleurs relative compte tenu de sa dépendance financière de
l'extérieur), mais elle est loin d'être tirée d'affaire à en
juger par la difficulté des négociations actuelles sur le nouveau
prêt qui doit lui être alloué pour lui éviter de faire défaut (1).
La
décision la plus remarquée au terme du Sommet est évidemment
l'accord sur le texte du traité intergouvernement pour une union
économique renforcée dont le texte est à présent connu.
Tentons
une synthèse.
Le
nouveau traité, assez court (une dizaine de pages), est appelé: "Traité sur la stabilité, la
coordination et la gouvernance dans l'Union économique et monétaire". Il
débute par divers considérants dans lesquels les états parties se
déclarent "conscients" (formule consacrée) qu'en tant qu'états membres de
l'Union européenne, leurs politiques économiques sont une question
d'intérêt commun (c'est déja la formulation de l'article 121 du
traité sur le fonctionnement de l'Union européenne) et "désireux"
de promouvoir les conditions d'une forte croissance économique ainsi
qu'une coordination sans cesse plus étroite des politiques
économiques dans la zone euro. Et
c'est pourquoi, il est nécessaire de renforcer l'Union économique
et monétaire par une nouvelle "architecture" (comprenons:
autre que les traités déja existants) qui permettra d'aller plus
loin dans l'application des principes et règles déja contenus dans
ceux-ci : coordination des politiques économiques, surveillance et
sanction des déficits excessifs, coordination et surveillance de la
politique budgétaire.
Et,
pour mieux souligner la vocation du nouveau traité à rejoindre un
jour le giron du droit communautaire, il est précisé qu'il sera
"dès que possible" intégré au droit communautaire (dans les
cinq ans, en principe, suivant son entrée en application, sous
certaines conditions). C'était une demande du Parlement européen
qui a donc été entendu. Les
considérants suivants s'efforcent de clarifier la façon dont les
procédures prévues par le "pacte" pour imposer la discipline
budgétaire s'articulent avec celles prévues par les traités
européens et les prérogatives de la Commission européenne (à
laquelle les traités et les règlements adoptés sur leur fondement
confèrent un rôle important dans la surveillance des budgets
nationaux et dans la procédure de déficit excessifs).
Parviennent-ils
à cette clarification? Seule une analyse plus poussée du texte
permettra de le dire (et encore faudra-t-il attendre de voir ce qu'il
en est de l'application), mais tout cela ouvre bien des questions.
Le
corps du traité comprend 16 articles répartis sur six titres.
1 -
Objectif et portée
2
-
Liens avec le droit de l'Union
Les dispositions du traité
intergouvernemental ne doivent pas entrer en conflit avec les
dispositions des traités européens ni leur faire obstacle. Par
conséquent ses dispositions devront être interprétées en
conformité avec le droit communautaire (traités et droit dérivé)
y compris les dispositions relatives aux procédures législatives,
et les compétences de l'Union dans le domaine de l'union économique
devront être respectées. Là encore, ces précisions prennent en
compte la demande du Parlement européen qui refusait que soit créée
une "Union bis" intergouvernementale qui aurait court circuité
l'Union européenne.
3
-
Pacte budgétaire
Le traité impose aux budgets nationaux d'être en
équilibre ou en excédent. Pour ce faire, le déficit ne doit pas
excéder 0,5% du PIB (porté à 1% dans certains cas si
l'endettemement est inférieur à 60% du PIB). Si un état
déroge à cette règle, un
mécanisme de correction s'enclenche automatiquement. Il oblige
l'état concerné à prendre des mesures dont les principes
directeurs sont proposés par la Commission et avalisés par le
Conseil, pour revenir à l'équilibre dans un délai défini. Le
texte dispose, sans plus de précisions, que ces procédures doivent
respecter pleinement les prérogatives des parlements nationaux.
Cependant,
que vaudrait une règle sans exception? Il y en a donc: un
état pourra s'écarter temporairement de cet objectif dans des
circonstances exceptionnelles (événement imprévu hors du controle
de l'état et ayant un impact important sur ses finances publiques,
période de grave récession économique suivant la définition
donnée par le pacte de stabilité et de croissance révisé)
La
règle d'équilibre budgétaire (ce que l'on appelle en France la
"règle d'or") doit être incorporée dans le droit des
états soit dans la Constitution soit dans une norme de niveau
équivalent, au plus tard un an après l'entrée en vigueur du traité.
Si
un état ne transpose pas cette règle d'or dans son ordre juridique
dans le délai prévu, la Cour de justice de l'Union européenne sera compétente pour
constater cette violation (comme elle fait déja en cas de violation
du droit communautaire, en vertu de l'article 273
du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne). Si sa
décision n'est pas respectée, l'état en infraction pourra
être sanctionné financièrement (amende représentant jusqu'à
0.1% du PIB). Cette amende sera versée au mécanisme européen de
stabilité si le pays concerné appartient à la zone euro, sinon au
budget de l'Union européenne.
La
procédure pour déficit excessif sera plus automatique grâce à la
règle de la majorité inversée: pour qu'elle ne s'applique pas à
un état membre de la zone euro, il faudra que le Conseil des états
membres de la zone euro vote à la majorité qualifiée contre cette
application.
Le
pacte budgétaire prévoit, de plus, que
les pays ramènent leur dette à moins de 60% du PIB, mais il ne
comprend pas de nouvelles mesures et pas de dispositif de sanction
semblable à celui prévu en cas de deficit excessif.
4
-
Coordination et convergence économiques
On se demande à quoi sert
cette partie dans la mesure où les procédures de coordination et de
surveillance mutuelle semblent reprendre ce qui est déja prévu dans
les traités et développé dans les dernières législations
adoptées (semestre européen, pacte sur l'euro plus, voir notamment
les articles: La
gouvernance économique européenne
et
La
gouvernance économique européenne sur les rails après de derniers
amendements)
5
-
Gouvernance
Outre l'Eurogroupe, des réunions des états de la zone
euro et du Président de la Commission européenne auront lieu au
moins deux fois par an. Tous les états de la zone euro y
participeront et non pas les seuls signataires du traité
intergouvernemental, ce qui avait été dans un premier temps
envisagé. Un président du sommet de l'euro sera élu par les
représentants des états à la majorité simple. Le Parlement
européen sera informé par des rapports et le Président du
Parlement européen pourra être invité et s'exprimer au sommet de
la zone euro, ce qui est partiellement conforme à ce qu'avait demandé le Parlement
(celui-ci souhaite en fait une invitation permanente au Sommet). On peut se demander à quoi sert
cette multiplication d'instances? Et que devient l'Eurogroupe?
6
-
Dispositions finales
Le
traité doit être signé lors du Conseil européen des 1er et 2 mars
et entrera en vigueur dès que 12 états au moins l'auront ratifié.
On le voit, il n'est donc pas nécessaire que tous les pays
l'adoptent pour qu'il s'applique ce qui ouvre clairement la voie à
une Europe à deux vitesses. Il restera ouvert à la signature des
pays qui ne l'auraient pas signé (Royaume-Uni et République
tchèque, actuellement).
Et
au dela de la discipline budgétaire, quelles perspectives communes?
La
solidarité communautaire?
Elle est très mesurée!
Seuls les états qui auront signé le traité intergouvernemental
pourront bénéficier de l'aide du Mécanisme européen de stabilité
(MES) comme le précise un des considérants du traité. La
communautarisation de la dette, grâce à des obligations
européennes, toujours en débat (voir les articles: Course
contre la montre pour la zone euro et La Commission
propose un renouveau économique de l'Union européenne)
serait une application concrète de cette solidarité, car elle
serait la réponse commune des états membres aux marchés, sans
compter qu'elle pourrait être efficace pour contrer la spéculation
(en dissuadant tous ceux qui misent sur le défaut d'un état) et
éviter la hausse effrénée des taux d'intérêt.
Mais d'obligations
européennes point... pour le moment.
La
croissance et l'emploi?
Apparemment, les
états ont entendu les critiques selon lesquelles une politique
d'austérité qui ne soit pas contrebalancée par des initiatives
pour la croissance et l'emploi sera mal acceptée par les populations,
outre qu'elle n'a, aux yeux de nombreux économistes, aucun sens et
est, de l'avis de certains, tout simplement suicidaire. La
déclaration des états membres du Conseil européen "sur la
voie d'un assainissement axé sur la croissance et d'une croissance
favorable à l'emploi" est sensée répondre à ces
critiques. Mais elle manque, pour le moins, de substance. Il faut faire
davantage pour sortir l'Europe de la crise, peut-on lire, ce qui
implique une modernisation des économies des dfférents états et un
reforcement de la compétitivité garantissant la réusssite d'une
stratégie active en faveur de l'emploi préservant la cohésion
sociale. Au dela de ces généralités, que dit la
déclaration? Rien de nouveau ni de concret si ce n'est que le
Conseil européen de mars "fournira des orientations sur les
politiques économiques et de l'emploi des États
membres et mettra en particulier l'accent sur les moyens de tirer
pleinement parti des possibilités qu'offre la croissance verte et
d'accélérer les réformes structurelles pour accroître la
compétitivité et créer davantage d'emplois. Dans ce cadre, il
devra accorder une attention particulière aux divergences
croissantes entre les situations économiques des États membres et
aux conséquences sociales de la crise". C'est louable, mais la
feuille de route fixée dans la stratégie Europe 2020 ne dit pas
autre chose et pour le moment en reste là. Par exemple, l'idée
d'émettre des obligations
européennes pour financer des grands travaux d’infrastructures
d’intérêt commun européen, est à l'étude mais peine à se
concrétiser (voir la brève d'information: consultation sur le lancement d'emprunts
obligataires pour financer des infrastructures d'intérêt général
communautaire). Au lieu
d'initiatives permettant de relancer l'économie, c'est en fait
l'attentisme qui prévaut du côté des états qui ne veulent pas
augmenter le budget de l'Union pour financer des projets d'intérêt
commun et lui donner les moyens des ambitions affichées dans la
stratégie Europe 2020 et dans les discours incantatoires sur le
retour à la croissance et le soutien à la compétitivité.
Pour
le Parlement européen, le compte n'y est pas.
A
la suite du débat
sur les résultats du Sommet organisé le 02/02/2012, la Résolution
votée le jour suivant par les eurodéputés et adoptée
à une large majorité (443 voix pour, 124 contre, 75
abstentions) est critique. Si elle reconnaît que le traité a été
amélioré par rapport à l'ébauche qui en avait été faite, en
particulier en prévoyant davantage de contrôle parlementaire, en
revanche, il s'avère "largement insuffisant" pour sortir
de la crise, faute d'adoption de mesures positivies pour stimuler la
croissance. La résolution insiste sur le fait que la reprise
économique exige des mesures spécifiques pour promouvoir la
solidarité, l'emploi et la croissance. Outre la communautarisation
d'une partie de la dette des états et les emprunts obligataires pour
le financement de projets, déja évoqués, les eurodéputés
renouvellent leur demande de création d'une taxe sur les
transactions financières au niveau européen.
En définitive, pourquoi ce traité?
Ses
dispositions reprennent des dispositions des traités et du droit
dérivé, en particulier, les législations récentes sur la gouvernance
économique qu'elles "affinent". Etait-il pour cela
nécessaire de recourir à un traité? Le Parlement européen,
notamment, en doute.
Mais,
sous l'impulsion de l' Allemagne, appuyée par la France, les états
ont estimé qu'il fallait donner un signe aux marchés. Nul doute
aussi que certains états espèrent, que l'Allemagne ne doutant plus
de leur volonté de maitriser leurs dépenses, elle sera plus encline
à accepter ce qu'elle refuse aujourd'hui, et notamment à augmenter la dotation
du MES et à reconnaître une plus
grande liberté d'action de la BCE pour intervenir sur les marchés.
L'argument du signe donné aux marchés s'appuie sur l'observation
que la fragilité de la zone euro, celle qui fait qu'elle est
particulièrement attaquée, plus que d'autres pays plus endettés,
vient de son incapacité à décider et à appliquer les règles
communes, autrement dit de l'absence de "gouvernance". D'où
le rappel solennel de règles communes dans un traité d'ailleurs
qualifié de "pacte" (et dont on se demande s'il connaitra
le sort du précédent pacte - le pacte de stabilité et de
croissance - dont les règles furent plus d'une fois violées).
D'une
utilité peu évidente, ce traité est aussi, dès le début, menacé
dans son existence, du moins en France, car il y a une incertitude
sur son adoption, si Nicolas Sarkozy n'est pas réélu. On sait que
François Hollande, notamment a promis de renégocier le traité s'il
est élu Président. En cas d'impossibilité de s'accorder (le plus
probable est qu'il y aurait bien un accord), la France ne pourra pas
empêcher l'entrée en vigueur du traité comme elle l'avait fait
avec le traité constitutionnel. On l'a vu, cet écueil est supprimé
par la disposition qui prévoit que la ratification de douze états
est suffisante pour que le traité intergouvernemental s'applique.
L'union budgétaire et économique se ferait alors sans la France qui,
pour le coup, se trouvrerait dans le "second cercle" de
l'euro.
Pour
finir le dernier mot ira à la Confédération européenne des
Syndicats qui, dans un communiqué publié peu de temps avant le
sommet, rappelle justement : l"’Europe, ce sont des citoyens,
des travailleurs, des jeunes, des retraités. L’approche ne peut
pas seulement être gestionnaire et comptable" et prévient:
"L’Europe ne doit pas devenir synonyme de sanctions, de
politiques fiscales rigides mais de prospérité et offrir des
perspectives d’avenir" (2).
03/02/2012
En
savoir plus: documents
Traité
sur la stabilité, la ccordination et la gouvernance dans
l'Union économique et monétaire
Traité
instituant le mécanisme de stabilité (MES)
(Ces textes
constituent un outil de documentation n'engageant pas la
responsabilité des institutions européennes.Seule fait foi la
législation européenne qui est publiée dans les éditions papier
du Journal Officiel de l'Union Européenne).
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1
- Voir aussi l'article publié par Jean Quatremer,
le 01/02/2012, dans
son blog "les coulisses de Bruxelles" : La
faillite de la Grèce, une idée effrayante qui fait son chemin
2
- CES: Nouveau traité : non à la
discipline budgétaire sans relance durable
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