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Attendu depuis longtemps
et retardé en raison notamment de l’opposition
des représentants des employeurs (UNICE:
Union
des
Industries de la Communauté européenne) (1),
le livre vert
sur le droit du travail vient d’être rendu
public par la Commission européenne le
22/11/2006. Il sert de base à une consultation
publique ouverte jusqu’au 21/03/2007.
Contrairement
à l’UNICE (est-ce
réellement
surprenant ?) la Confédération Européenne
des Syndicats -CES- qui militait pour
l’ouverture d’un débat européen, se réjouit de
le voir enfin lancé dans un communiqué du
22/11 (2).
La question centrale
posée est celle-ci: comment le droit du
travail au niveau d’e l’Union européenne et au
niveau national
peut-il contribuer à rendre le
marché du travail plus flexible tout en
assurant aux travailleurs une sécurité
maximale? La notion clé est celle de "
flexicurité",
néologisme composé
des termes de flexibilité et de sécurité pour
décrire un modèle social qui compense
une
protection minimale contre le licenciement par
un haut niveau de prestations pour les
travailleurs privés d’emploi. Cette notion
dont la Commission reconnaît qu’elle est très
controversée, est au centre de la
consultation. Les questions posées dans le
cadre de la consultation sont, par
exemple :
-
2. L'adaptation du droit du travail et
des conventions collectives peut-elle
contribuer à améliorer la flexibilité et
la sécurité dans l'emploi et à réduire la
segmentation du marché du travail? Si oui,
comment?
-
4. Comment faciliter le recrutement au
moyen de contrats permanents et
temporaires, que ce soit par la voie
législative ou le biais de conventions
collectives, de manière à accroître la
souplesse de ces contrats tout en
garantissant un niveau suffisant de
sécurité dans l'emploi et de protection
sociale?
-
5. Cela vaudrait-il la peine
d'envisager de combiner un assouplissement
de la législation de protection de
l'emploi à un système bien conçu de
soutien aux chômeurs, sous la forme de
compensations pour perte de revenu
(politiques passives du marché du travail)
mais aussi de politiques actives du marché
du travail?
-
8. Est-il nécessaire de prévoir un
«socle de droits» relatif aux conditions
de travail de tous les travailleurs,
indépendamment de la forme de leur contrat
de travail? Quelle serait, selon vous,
l'incidence de ces obligations minimales
sur la création d'emplois et la protection
des travailleurs?
-
12. Comment les droits du travail des
travailleurs effectuant des prestations
dans un contexte transnational, notamment
des travailleurs frontaliers, peuvent-ils
être garantis dans l'ensemble de la
Communauté? Pensez-vous qu'il est
nécessaire d'améliorer la cohérence des
définitions du «travailleur» contenues
dans les directives européennes, de
manière à garantir que ces travailleurs
puissent exercer leurs droits du travail,
quel que soit l'État membre dans lequel
ils travaillent? Ou bien estimez-vous que
les États membres devraient garder une
marge de manoeuvre dans ce domaine?
Pour sa part, l'UNICE continue de critiquer le
bien fondé de la consultation. L'organisation patronale
soutient un concept déjà bien connu, celui de
« flexibilité » : c’est dans ce sens qu’elle
conçoit la modernisation du droit du travail… La Commission
européenne, pour sa
part, on l’a vu,
préfère parler de flexicurité.
Mais la
pierre d’achoppement majeure pour l’UNICE est la compétence en
matière de droit du travail. Selon elle,
cette compétence doit rester
nationale, ce qui exclut toute harmonisation communautaire.
Enfin, une autre critique au livre vert est qu’il n’insiste
pas suffisamment sur l’importance du travail indépendant pour
développer l’esprit d’entreprise qui fait défaut, selon
l’organisation, en Europe. Mais le problème soulevé par les
syndicats de salariés celui des faux "indépendants" qui sont
en fait de vrais salariés mais sans statut protecteur. En
fait, comme l’exprime son Président,
M.Seillière, le
livre vert inquiète l’UNICE car il lui semble trop centré sur
la préservation de l’emploi et non sur les moyens de créer des
emplois nouveaux.
L’UNICE reprend ainsi l’antienne bien connue pour demander
plus de dérégulation (3).
Du côté de
la CES, l’analyse est différente, on s’en doute. L’insécurité
croissante à laquelle sont confrontés les travailleurs résulte
de l’évolution récente des législations nationales qui
multiplient les recours à des contrats de travail précaire et
se conjugue à de nouvelles méthodes de production privilégiant
l’externalisation des coûts (sous traitance), et la mobilité
des travailleurs et des capitaux. Dans ce contexte
d’ouverture, une réponse nationale n’est plus suffisante. Et
c’est pourquoi, contrairement à l’UNICE, la CES attend du
débat qui s’ouvre la définition de « normes de travail
équitables et décentes dans toute l’UE » en
soulignant
qu’elles
sont essentielles
pour la bonne gestion d’un marché unique européen du travail
en pleine
émergence. En clair, il faut lutter contre le dumping social
dans une Europe communautaire disparate.
Le débat
commence. Il sera difficile. D’une part, on l’a vu, les
positions des partenaires sociaux sont éloignées. D’autre
part, les états eux-mêmes sont divisés et réticents à
développer l’intervention de l’Union européenne en matière de
droit du travail.
Aller plus loin
Page de la Commission européenne dédiée au Livre vert et au
questionnaire
27/11/2006
1-
UNICE, Union
des Industries de la
Communauté européenne
2-
CES, communiqué du 22/11/2006 :"Volkswagen montre
combien il est urgent de moderniser le droit du travail"
3-UNICE,
c
ommuniqué du 22/11/2006 « Reform of the labour market
needs flexibility and national implementation”
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