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Les employeurs d'immigrants clandestins pourront bientôt
être sanctionnés dans toute l'Union européenne si le Parlement européen et le
Conseil se mettent d’accord sur la directive
proposée par la Commission en 2007. En janvier dernier, le Parlement et
le Conseil sont tombés d’accord sur un compromis qui permet de penser que le
texte pourrait être adopté dès la 1ère lecture. Le vote du Parlement
est intervenu le 19 février (1).
Selon les chiffres données par la Commission, à l’occasion
de la présentation du texte (2), le
nombre de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l'Union
européenne est estimé à 4,5 à 8
millions. Certains secteurs sont particulièrement concernés par ce travail
illégal : le bâtiment, l'agriculture, le nettoyage, l'hôtellerie et la
restauration. La proposition de directive s’inscrit dans le volet
« lutte contre l’immigration illégale » de la politique commune d'immigration (l’autre volet étant la
promotion de l'immigration légale avec notamment la proposition de directive
sur la « Carte bleue » européenne ). Elle prévoit des peines
harmonisées allant des sanctions financières à la peine de prison afin de lutter contre l'immigration illégale et le trafic d'êtres
humains en décourageant le travail clandestin. Il s’agit aussi de protéger les
immigrés clandestins dont la situation précaire en fait des proies pour les
profiteurs et exploiteurs de tous acabits, et les confine dans des travaux où
ils ne bénéficient ni de sécurité des conditions de travail, ni de couverture
sociale. Pour la collectivité enfin, cette situation se traduit par des pertes
de revenus fiscaux, une pression à la baisse sur le niveau de salaire dans les
secteurs concernés, et une concurrence déloyale pour les autres entreprises.
L’objet de la directive est de pénaliser non pas le migrant
mais celui qui en en profite, en l’occurrence l’employeur, cette notion
d’employeur recouvrant également les agences de travail intérimaire dont les
députés ont demandé qu’elles soient soumises à la directive.
A cette fin le texte prévoit des peines minimales :
- - amendes (qui seront majorées en fonction du nombre
d'immigrants illégaux employés), paiement des arriérés de salaire aux
conditions légales (en l’absence de preuve contraire par l’employeur ou le
travailleur le travail sera présumé avoir duré au moins trois mois) selon une
procédure de recouvrement automatique c’est à dire sans que le travailleur soit
obligé d’agir
- - inéligibilité, pouvant aller jusqu'à cinq ans, aux appels
d'offres publiques et aux aides nationales ou européennes
- - l’employeur en infraction devra aussi rembourser les aides
perçues l'année précédente, payer une somme égale au montant des impôts et
cotisations qu'il aurait du payer ainsi que le montant des frais liés au retour
du migrant
- - les employeurs seront passibles de sanctions pénales, dans
les cas les plus graves : récidive, emploi d’un grand nombre de personnes
en situation irrégulière, exploitation, trafic d'êtres humains, travailleur
mineur.
Pour faciliter la répression des infractions, les
eurodéputés ont demandé dans leurs amendements que des mécanismes permettant
aux immigrés de porter plainte soient mis en place. Ceux-ci pourront être aidés
à cette fin par des associations qui pourront dénoncer un employeur fautif sans
risquer d'être poursuivies en justice pour aide au séjour irrégulier. De plus, un permis
de séjour temporaire pourra être attribué aux
travailleurs clandestins qui auront contribué à la découverte et à la
sanction de l’infraction commise par leur employeur. La directive prévoit aussi la coresponsabilité du
sous-traitant qui emploie des clandestins et de l’entreprise donneur d’ordres. Les députés ont demandé la publication d’une liste des employeurs sanctionnés en vertu de
la directive.
Enfin, le texte prévoit des inspections en nombre suffisant,
le contrôle des titres de séjour par les autorités nationales au auprès des
employeurs et l’information par ces derniers sur les nouveaux recrutements de
ressortissants de pays tiers.
Le texte aurait du être voté le 04/02. Le vote a été
finalement repoussé au 19/02 à la demande du rapporteur pour faire ajouter une
déclaration précisant que ce texte ne fera pas obstacle à l'adoption d'une
nouvelle législation sur la sous-traitance.
Cette procédure alambiquée est la
conséquence des difficultés qu’a
suscité l’adoption de l’article sur la sous-traitance. La coresponsabilité du
sous-traitant qui emploie des clandestins et de l’entreprise donneur d’ordres
s’expliquait par le fait que les travailleurs illégaux sont souvent embauchés
non pas directement par les grands employeurs mais par le biais des agences
d'interim ou des sous-traitants (3). Mais les représentants du patronat
s’insurgeaient contre une responsabilité trop lourde alléguant qu’il est
impossible pour un employeur de contrôler le respect de la légalité par ses
partenaires (un argument pour le moins spécieux). En définitive, le texte
amendé est moins rigoureux que le texte initial proposé par la
Commission européenne, puisque qu’il restreint la possibilité d’engager la
responsabilité du donneur d’ordre et de tout sous-traitant intermédiaire.
Ceux-ci ne seront sanctionnés que s’ils savaient le
sous-traitant employait des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier.
Dans un communiqué du 04/02, la Confédération européenne des syndicats a fait immédiatement connaître sa
déception devant un texte qu’elle estime « inefficace et contre
productif » car si bien des dispositions sont pertinentes, leur efficacité
risque, selon la Confédération, d’être réduite à néant par le fait que les sanctions ne soient pas
étendues à l’ensemble de la chaîne de sous-traitance et la possibilité pour le
principal contractant d’échapper à sa responsabilité « en affirmant qu’il
ignorait que des migrants en situation irrégulière avaient été embauchés »
(4). Dès lors, la CES craint que ce texte incite davantage les employeurs
« à recourir à des chaînes de sous-traitance complexes et à des compagnies
écran afin de se soustraire à leurs obligations et d’échapper aux sanctions
pénales ». Le contrôle et la répression n’en seront que plus difficiles. Le texte est le fruit d’un compromis
entre les députés et le Conseil que le rapporteur lui-même reconnaît être en
deça de ce qui était escompté. D’où la déclaration exigée par les eurodéputés
et l’impression d’un travail inachevé.
20/02/2009
1 - Résolution
législative : Sanctions à l'encontre des employeurs de ressortissants de
pays tiers en séjour irrégulier
2-
Proposition de Directive prévoyant des
sanctions à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour
irrégulier, Bruxelles, 16.5.2007, COM(2007) 249 final
3 - Article
9
Sous-traitance
1.
Lorsque l'employeur est un sous-traitant, les États membres veillent à ce que
le contractant
principal et tout sous-traitant intermédiaire soient redevables:
a) de
toute sanction imposée en vertu de l'article 6, et
b) de
tout arriéré dû en vertu de l'article 7.
2. Le
contractant principal et tous les sous-traitants intermédiaires sont,
conformément au
paragraphe 1, tenus pour solidairement responsables, sans préjudice des dispositions du droit national relatives au droit de
recours.
4 - Sanctions contre les employeurs de migrants en situation
irrégulière : la CES déplore un instrument inefficace et contre-productif
5 -Confédération européenne des syndicats:
"Sanctions contre les employeurs
de migrants en situation irréguliere : la CES déplore un instrument
inefficace et contre-productif"
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