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On l’avait dit
: l’élargissement de l’Union européenne aux pays d’Europe centrale
et orientale allait entraîner une arrivée massive de travailleurs
des pays de l’Est dans notre Europe à 15 douillettement confite
dans sa (relative) prospérité et déséquilibrer son économie.
C’est pourquoi, de nombreux pays de cette Europe des 15 ont
exigé que les traités d’adhésion contiennent des clauses restreignant
la libre circulation des travailleurs en provenance des 8 nouveaux
membres d’Europe centrale et orientale. Ils conservent donc
un système de permis de travail pour limiter l’accès à l’emploi
sur leur territoire pendant une période transitoire. C’est le
cas par exemple de la France, avec certaines exceptions (recherche
en particulier). Trois états, en revanche, n’ont pas appliqué
de telles clauses (Royaume-Uni, Irlande et Suède).
Lors de la conclusion
des négociations d’adhésion, il a été prévu que la Commission
européenne présente un rapport pour rendre compte de l’application
de ces clause s et de leurs effets. Ce rapport a été rendu public
le 08/02/2006. Il fait donc un premier bilan en étudiant l’importance
des flux migratoires en provenance des pays d’Europe centrale
et orientale, sur la base des statistiques fournies par les
différents états membres et leurs aspects juridiques et administratifs.
- Premier constat : les migrations ont été dans
la plupart des pays quantitativement moins importantes que
prévues, les statistiques ne faisant apparaître aucun
signe d'augmentation du nombre de travailleurs ou des dépenses
de protection sociale par rapport aux deux années précédentes.
Les ressortissants des nouveaux pays membres représentent
moins d'un pour cent de la population en âge de travailler
dans tous les pays sauf l’Autriche (1,4% en 2005) et l'Irlande
(3,8% en 2005).
- Deuxième constat : les travailleurs de ces pays
qui sont parvenus à obtenir l’accès légalement dans un pays
de l’Europe des 15, soit qu’il n’y ait pas de restrictions
à l’entrée, soit qu’ils aient rempli les conditions imposées
par les douze états qui appliquent des restrictions, se
sont bien intégrés sur le marché du travail. Proportionnellement,
ils sont moins nombreux que les travailleurs nationaux à
être peu qualifiés. Dans certains pays cependant, il y a
eu une augmentation des pratiques illégales comme le travail
« au noir » et le travail indépendant fictif pour contourner
la législation. Et c’est là un effet pervers contre lequel
la Commission européenne met en garde les états « protectionnistes
» : celui de connaître une montée de travail non déclaré
et un afflux de travailleurs détachés et d'indépendants,
ce qu’illustre d’ailleurs en France la récente affaire des
ouvriers polonais de la centrale électrique EDF de
Porcheville dans les Yvelines (ouvriers mis à la dispositions
d’Alstom par la société polonaise qui les emploie et dont
les conditions d'emploi et de séjour sont dénoncées par
la CGT).
- Troisième constat du rapport : cette immigration a eu
des effets «essentiellement positifs» et a contribué
à la réduction des pénuries de main-d'oeuvre et à l'amélioration
des résultats économiques en Europe. Ainsi, les trois pays,
qui n'ont pas imposé de restrictions après mai 2004 ont
enregistré une forte croissance économique, une chute du
chômage et une augmentation de l'emploi. Pas de déstabilisation
de l’économie, donc, selon les conclusions du rapport.
La Commission européenne
s’est appuyée sur ce constat pour demander aux états qui continuent
d’appliquer des restrictions à la libre circulation des personnes
« d'examiner attentivement s'il y a lieu de maintenir de telles
dispositions, compte tenu de l'évolution de leur marché du travail
et des informations contenues dans le rapport ». Les états membres
concernés ont jusqu'au 30 avril 2006 pour prendre une
décision. Si les restrictions sont maintenues elles le seront
jusqu’au 30 avril 2009 et éventuellement, après cette date,
pour deux ans encore s’il est démontré que les flux de main-d’oeuvre
ont perturbé le marché du travail nationale de l’état en cause
ou menacent de le faire.
10/02/2006
Pour aller plus loin: Rapport de la Commission (en format pdf)
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Rapport sur le fonctionnement des dispositions transitoires visées au traité d'adhésion
de 2003 (période du 1er mai 2004 au 30 avril 2006)
Avertissement légal: Ce texte
constitue un outil de documentation n'engageant
pas la responsabilité des institutions
européennes. Seule fait foi la législation
européenne qui est publiée dans les éditions
papier du Journal Officiel de l'Union
Européenne. |