Dominique Aguilar,études et information en droit de l'Union Européenne

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La Turquie et l'Union Européenne (partie 4): Le débat sur l’adhésion de la Turquie


La recommandation de la Commission européenne est accompagnée d’une une évaluation des principales questions liées à la perspective d’adhésion de la Turquie, notamment en ce qui concerne les politiques de l’Union européenne et le budget communautaire. On l’a vu, le « oui » à l’ouverture des négociations d’adhésion est hypothéqué par les questions de démocratie, d’état de droit et d ’économie. Elles sont, avec d’autres, au cœur du débat qui s’est ouvert dans différents pays européens, dont la France.

Introduction

Les grandes dates

Les instruments du rapprochement Turquie-Union Européenne

Vers l’ouverture de négociations d’adhésion

Le débat sur l’adhésion de la Turquie

 Bibliographie

La Turquie a-telle vocation appartenir à l’Union Européenne ?
    Question récurrente dans le débat : la Turquie est-elle européenne ? Et si oui, a-t-elle sa place dans l’Union Européenne ?

En 1963, au moment de la signature de l’accord d’association , de Gaulle et Adenauer avaient évoqué la «vocation européenne de la Turquie». Et la Turquie elle-même, du moins la classe dirigeante, a depuis longtemps proclamé son appartenance européenne. Les réformes de Mustapha Kemal Ataturk, qui après la première mondiale créa la République turque, et imposa l'alphabet latin et la laïcité, mettaient en œuvre la profession de foi d’un homme qui déclarait : «La civilisation, c'est l'Occident, le monde moderne dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre».

Mais si l’on fait abstraction de la volonté d’ancrer la Turquie en Europe, existe-t-il des critères « objectifs » de l’appartenance à l’Europe, cette appartenance étant logiquement le préalable requis pour faire partie d’une union qui se qualifie d’ « européenne »?

Du point de vue de la géographie, l’Europe est une presqu’île qui se caractérise…par son absence de limites précises, en particulier à l’est . De ce point de vue, la Turquie est à la charnière de l’Europe et du Proche et Moyen Orient. Et l’Europe communautaire ne s’est jamais souciée jusqu’à présent de trancher le problème de ses frontières.

Le critère de l’identité culturelle est et doit être écarté si l’on veut éviter que le débat ne tourne au « choc des civilisations ». Mais, dans les faits, il apparaît que le sentiment que la Turquie n’est pas un pays européen a souvent son origine dans la perception d’une identité culturelle, en particulier religieuse, différente.

En définitive, la seule certitude qui existe aujourd’hui sur les critères d’appartenance à l’Union Européenne résulte de la décision du Conseil de Copenhague de 1993 qui a précisément défini ces critères sur le plan juridique (voir supra).



La Turquie respecte-t-elle l’état de droit ?

Malgré diverses réformes ( Constitution, code civil, abolition de la peine de mort, adoption d’un nouveau code pénal, intégration des différentes Conventions internationales), il subsiste, pour reprendre les termes de M. Prodi, Président de la Commission européenne, des « zones d’ombre ».La réalité des réformes déjà effectuées est elle-même mise en doute par des organisations de défense des droits de l’homme qui soulignent que beaucoup a été fait mais que de nombreuses réformes sont peu ou mal appliquées.

 Les droits des minorités, l'égalité entre les hommes et les femmes, sont loin d'être assurés.

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LLLL'Islam en Turquie
Un rapport de la délégation de l’Assemblée Nationale pour l’Union Européenne observe que « la Turquie est plus séculière que beaucoup de pays européens dans de nombreux domaines ». Ainsi, elle interdit le port d'un signe extérieur de croyance religieuse comme le foulard à l'université. 

Contrairement à des pays comme l'Irlande, la Grèce et Chypre, il n’y a pas une éducation religieuse obligatoire. Le droit au divorce a été introduit en 1923, le droit de vote pour les femmes en 1935, le droit à l'avortement en 1983 et le droit au partage de la moitié des biens en cas de divorce sous la précédente législature.

      En ce qui concerne la sphère publique, l'Etat turc n’a pas mis en place un modèle classique de la séparation de l'Etat et la religion, mais « s'est appliqué à museler l'Islam en établissant un contrôle strict et uniformisateur sur cette religion diversifiée, au point d'en faire une religion officielle participant à la définition de l'identité nationale ». Une direction des affaires religieuses, le Diyanet, rattachée au Premier ministre, a pour mission de former et de contrôler les imams, de rédiger les prêches du vendredi dans les mosquées et d'organiser le pèlerinage à la Mecque (tiré du rapport du 05/10/2004 sur la Turquie et l'Union européenne).       








La Turquie joue-t-elle contre son camp ?
Le projet de réintroduire la pénalisation de l'adultère dans le code pénal, a été à l’origine d’une crise avec la Commission européenne. Peu de temps avant que celle-ci ne rende publiques ses recommandations sur l’ouverture de négociations d’adhésion, des émissaires européens ont du intervenir auprès des autorités turques. Le gouvernement turc a alors annoncé que le projet était abandonné. Cette annonce a été suivie, le 26/09/2004, par l’approbation l'approbation d'un code pénal plus conforme aux standards européens et non à la charia. Cet événement conforte les opposants à la candidature turque. D’autres décisions de ce type pourraient compromettre les négociations.