Dominique
AGUILAR,études et information en droit de l'Union Européenne |
SOMMAIRE Le système initial Une avancée qualitative: le Traité de Maastricht La difficile réforme ins- titutionnelle -Le Traité d'Amsterdam du 02/10/1997 -Le Traité de Nice du 26/02/2001 Annexe: tableau |
Une histoire en mouvement:étapes et évolutions L'ambition de construire une "union sans cesse plus étroite entre les peuples européens" a pris une nouvelle dimension au sortir de la seconde guerre mondiale qui a vu le continent européen se déchirer .D'où la création d'organisations regroupant les états:Conseil de l'Europe en 1949,mais surtout les Communautés Européennes. Ces dernières se distinguent des autres organisations internationales "classiques" (ONU,par exemple) par certains éléments de supranationalité ,avec des transferts de souveraineté (c'est-à-dire de pouvoir autonome de décision) des états membres aux institutions communes, ce qui se manifeste notamment dans les règles de procédure décisionnelle (recul progressif de la règle de la décision à l'unanimité des états au profit de la décision à la majorité qualifiée),et dans l'élaboration d'un droit communautaire directement applicable dans les états membres. Les Communautés européennes qui voient le jour dans les années cinquante sont au nombre de trois:La Communauté Economique du Charbon et de l'Acier (CECA) créée en 1951,suivie,en 1957,par l'Euratom (ou CEEA) et surtout la Communauté Economique Européenne (CEE),qui par son objet plus large deviendra la source principale du droit communautaire et emblématique de la construction communautaire. L'article 2 du Traité signé à
Rome assigne cinq objectifs principaux à la CEE:
2-Une avancée qualitative :le traité de Maastricht Les objectifs d'origine sont redéfinis dans le nouvel article 2 résultant du traité sur l'Union Européenne signé à Maastricht le 7 février 1992.Si les objectifs 1 et 2 de la version antérieure sont formulés de façon quasi identique ,la nouvelle rédaction évoque une croissance durable et non inflationniste respectant l'environnement ,un haut degré de convergence des performances économiques ,un niveau d'emploi et de protection sociale élevée ,le relèvement du niveau de vie et la qualité de la vie ,la cohésion économique et sociale ,la solidarité entre les états membres . Les moyens pour atteindre ces objectifs sont également renforcés .Le Traité prévoit ,outre le marché commun ,une Union économique et monétaire (UEM),dont la réalisation la plus remarquable est la mise en place d'une monnaie unique (l'euro) ainsi que la mise en oeuvre de politiques communes dans des domaines divers. La Communauté économique européenne prend d'ailleurs le nom de "Communauté européenne",ce qui manifeste clairement la volonté des états de dépasser la vocation économique,"marchande" de la construction communautaire pour tendre vers une Europe unie sur les terrains politique ,social ,culturel (l'émergence de la notion de "citoyenneté européenne" en est une illustration). La nouvelle Union résultant du
traité de Maastricht repose sur trois éléments appelés
"piliers": Contrairement au premier pilier
,les deuxième et troisième piliers fonctionnent sur une
base intergouvernementale:les états se limitent à coopérer
et ne transfèrent pas leur souveraineté aux
institutions communes en la matière .Par conséquent
,les procédures décisionnelles ne permettent pas
d'associer le Parlement Européen à l'élaboration des
textes et reposent sur le vote à l'unanimité des états
,à quelques exceptions près (mise en uvre des
actions communes décidées par le Conseil ,dans le cadre
de la PESC). 3-La difficile réforme institutionnelle:les traités d'Amsterdam et de Nice Dans la perspective du futur élargissement de l'Union Européenne à de nouveaux états dont notamment ,les états d'Europe centrale ,la question du fonctionnement du système devient cruciale .Les règles actuelles peuvent-elles être maintenues dans une " grande Europe " comptant le double des membres actuels sans risque de paralysie ? Prenons un exemple emblématique des difficultés à résoudre ,celui de la procédure décisionnelle au sein du Conseil .Dans des matières considérées comme sensibles (ex : révision des traités ,harmonisation des fiscalités nationales ) ,la règle est qu'un texte doit obtenir l'unanimité des états membres pour être adopté. On conçoit sans mal que les risques de blocage s'accroissent avec l'augmentation du nombre des états .Par ailleurs ,une des spécificités de la construction communautaire est de permettre de prendre des décisions à la majorité qualifiée des états membres (et plus rarement,à la majorité simple) et non exclusivement à l'unanimité qui est la seule règle dans les organisations internationales " classiques ".Au fil de réformes successives, la règle du vote à la majorité qualifiée a gagné du terrain .Elle manifeste ainsi la volonté de dépasser la simple coopération inter-étatique pour conduire à une véritable intégration ,puisque dans ce système ,un état qui n'a pas voté une décision est tout de même tenu de l'appliquer. La majorité qualifiée est déterminée grâce à un système de pondération des voix au sein du Conseil de l'Union européenne, composé des ministres européens, où chaque Etat se voit attribuer un nombre de voix en fonction de sa population .Les " grands " états bénéficient d'un nombre de voix plus important que les " petits " états et pèsent donc plus dans la décision .Mais il n'y a pas équivalence des droits de vote (46%) conférés par cette pondération et du poids démographique (70% de la population de l'Union).Actuellement ,les " grands " états (Allemagne, France , Italie ,Royaume-Uni) ne peuvent à eux quatre imposer une décision .Inversement ,un ou deux grands états peuvent se voir imposer une décision votée par une " coalition " de petits et de grands états .Sur ce point également ,la perspective des futures adhésions pose la question de la réévaluation des pondérations. Une réforme d'envergure propre à relever ce qu'il est aujourd'hui usuel d'appeler " le défi de l'élargissement " était donc programmée dès la conférence intergouvernementale qui devait conduire au traité d'Amsterdam signé le 2 octobre 1997.Mais pas plus le Traité d'Amsterdam que le Traité de Nice du 26 février 2001 ne sont parvenus ,malgré des avancées ,à régler toutes les questions en suspens ,faute ,semble-t-il ,d'une vision commune de l'avenir de la construction européenne .Tel sera l'objet d'une prochaine conférence intergouvernementale prévue pour 2004.Entre autres questions ,la Conférence devra examiner les points suivants :délimitation plus précise des compétences entre l'Union et les Etats membres ;statut de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;simplification des traités, afin qu'ils soient plus clairs et mieux compris sans en changer le sens ;rôle des Parlements nationaux dans l'architecture européenne. La structure en piliers est confortée et les objectifs généraux de l'Union sont élargis (notamment à la promotion de l'emploi qui devient une question d'intérêt commun).Le Traité renforce également les droits des ressortissants communautaires (avec ,par exemple ,une meilleure protection des droits fondamentaux).De nouveaux domaines entrent dans la compétence de la Communauté Européenne ,dont certaines matières qui faisaient antérieurement partie du pilier " Justice et Affaires Intérieures " (libre circulation des personnes, contrôle des frontières extérieures ,asile ,immigration et protection des droits des ressortissants des pays tiers ,coopération judiciaire en matière civile) ou encore la politique sociale qui devient une politique communautaire (réglementation du travail ,lutte contre l'exclusion ).Dans le cadre de l'objectif de la création d'un " espace de liberté ,de sécurité et de justice " voulu par le traité ,la Convention de Schengen, qui permet la libre circulation des personnes sans contrôle aux frontières et organise la coopération policière entre 10 pays est intégrée dans le nouveau traité et s'applique donc à tous les pays de l'Union européenne (avec des conditions particulières pour le Royaume-Uni ,l'Irlande et le Danemark). La réforme institutionnelle ne répond pas aux ambitions initiales puisqu'elle se traduit essentiellement par un développement des procédures existantes :extension de la procédure de codécision et du vote à la majorité qualifiée au Conseil. L'innovation la plus marquante est le concept d'intégration différenciée au terme de laquelle les états membres souhaitant aller plus loin dans la voie de la coopération ont la possibilité d'instaurer entre eux une " coopération renforcée " ,ce qui semble ouvrir la voie d'une Europe à plusieurs vitesses. A l'instar du traité d'Amsterdam
,le traité de Nice laisse une impression d'inachèvement
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