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Grippe aviaire, de nouvelles mesures de l’Union européenne

 

La grippe aviaire frappant à présent au coeur de l’Union européenne, les autorités communautaires ont pris de nouvelles mesures conformément aux règles en vigueur (Directive 2005/94 du 20/12/2005 concernant des mesures communautaires de lutte contre l'influenza aviaire et abrogeant la directive 92/40/CEE).

Le 15/02/2006,  le comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (experts vétérinaires nationaux)  a approuvé deux propositions de  la Commission européenne qui sont l’aide financière de l’Union européenne aux plans nationaux de surveillance (le cofinancement européen pouvant atteindre 50% des coûts) et l’interdiction d’importer  des plumes non traitées provenant de pays tiers.

Le lendemain, la Commission a pris deux décisions relatives aux mesures à prendre en cas de contamination par le virus H5N1 dans un  état de l’Union européenne. En présence d’un cas suspect  ou confirmé de grippe aviaire H5N1 chez des oiseaux sauvages l’état concerné doit délimiter une zone de protection d'un rayon de 3 km autour du lieu où la maladie a été détectée et une zone de surveillance d'un rayon minimal de 10 km autour de cet endroit. A l’intérieur de ces deux zones, toutes les volailles et les oiseaux captifs doivent être confinés, les élevages doivent appliquer des mesures de biosécurité (désinfection), les mouvements de volailles doivent être restreints, la chasse aux oiseaux sauvages interdite ainsi que les concentrations de volailles (marchés). La Commission étend ainsi à l’ensemble de l’Union européenne les mesures déjà adoptées depuis le début du mois  pour la Grèce, l’Italie, la Slovénie, l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie. Une seconde décision de la Commission édicte une mesure de précaution supplémentaire  lorsque la maladie frappe des élevages de volatiles domestiques : abattage des oiseaux infectés et délimitation de zones à risque autour des zones de protection et de surveillance. Ces zones à risque sont destinées à  constituer des zones tampons entre les foyers et les régions non atteintes de l’état membre ou de ses pays voisins (avec là encore, des restrictions de circulation, des contrôles stricts, des mesures de désinfection).

La vaccination des volailles a été une autre mesure qui a fait et continue de faire débat.  Elle est autorisée aux termes de la directive 2005/94 qui a étendu la possibilité de recourir à la vaccination à titre de prévention (jusqu’alors, la vaccination n’était autorisée qu’en cas d’urgence).

Le 21/02/2006, la France et les Pays-Bas ont présenté à leurs partenaires européens des plans de vaccination ciblée de certaines volailles afin de prévenir la contamination par le virus H5N1. La vaccination est facultative pouvant être choisie comme alternative aux mesures de confinement. Le plan néerlandais prévoit la vaccination des volailles détenues par des particuliers ou élevées en plein air et porte sur l’ensemble du pays. Le plan français consiste en une vaccination des canards et oies dans les départements des Landes, Loire-Atlantique et Vendée,  considérés comme zones à haut risque de contamination par la grippe aviaire. La campagne de vaccination devrait commencer immédiatement et se poursuivre jusqu’à début avril. Elle concernerait  900 000 volailles. Des animaux sentinelles (une volaille non vaccinée par groupe) permettront de s’assurer que le virus n’est pas présent dans l’élevage ayant été vacciné et qui fera l’objet de tests réguliers. Si l’animal sentinelle tombe malade, c'est que le virus est présent en provenance de l'extérieur.

Une des principales critiques à la vaccination est en effet qu’elle ne protège pas à 100% contre la grippe aviaire, et ne permet pas de suivre les progrès éventuels du virus et d’en éviter la propagation car on craint que des oiseaux vaccinés  contractent le virus sans développer la maladie et le transmettent à ceux qui n’ont pas été vaccinés.

C’ est pourquoi l’opportunité de vacciner a été l’objet de discussions, certains états mettant en cause la pertinence de ces mesures qui sont prises pour la première fois et sur lesquelles manque donc le recul pour en apprécier les conséquences, avantages et inconvénients. 

Malgré ces réticences, le 22/02, la France et les Pays-Bas ont obtenu l’autorisation de procéder à la campagne de vaccination sous les conditions préalablement proposées par les autorités des ces deux pays et celles ajoutées par la Commission européenne. Cette dernière a indiqué que les volailles vivantes vaccinées, leurs œufs et poussins d’un jour  ne pourront être exportées vers un autre pays de l’Union européenne  ou vers un pays tiers, ni circuler hors de France. En France même, les volailles vaccinées ne pourront être transportées que vers des élevages eux-mêmes vaccinés, vers des lieux où est garantie une complète séparation entre volailles vaccinées et volailles non vaccinées ou vers des abattoirs pour abattage immédiat. La   viande et autres produits dérivés des volailles vaccinées pourront être commercialisées dans l’Union européenne et vers les pays tiers à condition qu’elles soit garanties provenir de structures ayant respecté les contrôles énoncés plus haut et que l’élevage d’origine ait été inspecté par un vétérinaire 48 heures avant l’abattage, certifiant sa conformité aux règles de santé animale. La Commission a également exigé que le conditionnement aussi bien que les moyens de transport soient désinfectés.

Le financement de ces mesures sera national, l’Union européenne ne donnant des aides (jusqu’à 100% des coûts) que dans les cas de campagnes de vaccination motivées par l’urgence et non par un souci de prévention.

Le plan de vaccination a été accueilli avec circonspection par les éleveurs des départements français concernés. Un article du Nouvel Observateur du 24/02/2005 reprend les propos de la représentante du Comité Interprofessionnel du Foie Gras faisant état de sa crainte que la vaccination ne détourne encore plus les consommateurs de la viande de volailles alors que les ventes sont déjà en baisse (voir l’article du Nouvel Observateur en ligne du 24/02/2006 : « Vaccination des palmipèdes contre le H5N1: les professionnels landais se donnent le temps de la réflexion »). Dans les départements de la Loire atlantique et de la Vendée ces craintes ont finalement conduit de nombreux éleveurs à privilégier des solutions de confinement (voir Nouvel Observateur en ligne : « Des élevages contre la vaccination », 24/02/2006).

Le recours à la vaccination a été également critiqué par des experts internationaux. Ainsi dans une interview mise en ligne sur le site de TF1 le 22/02,  Jean-Luc Angot, directeur général adjoint de l'Organisation  mondiale de la santé animale (OIE) affirme que celle-ci n’est pas une priorité en France ni dans l’Union européenne plus généralement dans la mesure où la réglementation vétérinaire et les services vétérinaires y sont « bien développés  ». Pour l’OIE, rappelle M.Angot  « le recours à la vaccination est à mettre en œuvre quand la maladie est devenue endémique et quand les mesures classiques de contrôle — abattages sanitaires, contrôles des mouvements de volailles, etc — n'ont pas donné de bons résultats. C'est ce qui se passe en Afrique, un  continent sinistré qui n'a pas les moyens nécessaires [pour  lutter contre l'épizootie, NDLR]. D'où notre recommandation de  vacciner les volailles, comme c'est le cas en Chine ou encore au Vietnam  ». Une opinion rappelée par le directeur général de    l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), M.Vallat qui dans un entretien avec le journal le Monde, affirmait que désormais l’épizootie s’est généralisée :   "Nous assistons à une évolution rapide de la situation caractérisée par la transformation progressive d'une épizootie en panzootie…A l'exception de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, qui ne semblent pas concernées par les migrations d'oiseaux aquatiques en provenance de zones infectées, le reste du monde est directement exposé. L'épizootie de grippe aviaire peut diffuser désormais à l'échelon mondial " (interview au journal Le Monde, en ligne le 24/2/2006)

Pendant ce temps, les ministres de l’Union européenne  réunis à Vienne le 24/02/2006 afin de faire le point de la situation et de coordonner leur action, s’efforçaient de rassurer l’opinion en dégustant du poulet en guise de déjeuner.

26/02/2006