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Le perroquet et les cygnes

 

N on, il ne s’agit pas des protagonistes d’une fable de la Fontaine mais d'oiseaux morts récemment de la grippe aviaire en Europe. Le perroquet était placé en quarantaine au Royaume-Uni et s’était trouvé au contact d'oiseaux importés d’Asie. Comme la maladie a été identifiée sur un animal importé en quarantaine, le Royaume-Uni reste considéré comme pays non touché par la grippe aviaire.

Les cygnes ont été retrouvés morts en Croatie. Selon un communiqué du ministère de l’Agriculture de ce pays publié le 21/10/2005, ils étaient porteurs du virus de la grippe aviaire de souche H5, sans que l’on sache encore s’il s’agit de la variante la plus dangereuse, le H5N1.

Face à la progression de la grippe aviaire en Europe, l’Union européenne continue de prendre des mesures d’embargo sur les importations de volailles et de plumes provenant de divers pays où les cas de grippe aviaire sont confirmés (la prochaine concernera la Croatie, l’interdiction devant être publiée au Journal Officiel de l’Union Européenne le 24/10).

D autres mesures ont été décidées  (1). C’est le cas de la vaccination des oiseaux dans les zoos et du confinement des volailles dans les zones à risque. Mais il appartient aux états de déterminer ces risques en fonction de la situation sur leur territoire.

La latitude laissée aux états se traduit par des degrés de préparation différents face à la menace de la grippe aviaire (2). Obligé de garder une certaine réserve diplomatique, le commissaire européen chargé de la santé, M. Markos Kyprianou se veut rassurant quant au degré de préparation de l’Union, mais il a convenu que certains pays ont pris du retard. Chacun des 25 états-membres de l'Union européenne a soumis  ses plans de lutte dans l'éventualité d'une pandémie. Certains cependant ne sont pas finalisés. Presque tous les pays ont soit acquis, soit commandé, des stocks de médicaments pour traiter tous les malades en cas d'épidémie. Mais les quantités sont-elles suffisantes ? La Commission demande instamment aux états  de vacciner les populations à risque (enfants et les personnes âgées, notamment)  dans le cas de l'apparition d'un  foyer de grippe aviaire, comme le recommande l’OMS, et de constituer des stocks d'antiviraux pouvant être administrés à un quart de la  population. La Commission plaide aussi pour un partenariat public privé qui permette d’accélérer la mise au point de vaccins et de traitements.  Mais ce qui semble manquer est une réelle coordination des politiques nationales. Espérons que celle-ci se renforce après la réunion des ministres européens de la santé des 20 et 21/10  dont l’objet était de discuter des moyens de prévenir une épidémie : production, stockage, distribution d'antiviraux, mise au point éventuelle d’un vaccin, instauration de contrôles frontaliers. Les premières décisions annoncées à l'issue de cette réunion sont un plan d’action pour constituer des stocks  d'antiviraux et organiser leur approvisionnement dans toute l'Union européenne.

Un exercice d’entraînement simulant une pandémie de grippe aviaire d'ici la fin de l'année est également prévu par les autorités européennes.

Il reste que certaines mesures mériteraient d'être mieux expliquées. Ainsi, pourquoi faire des stocks massifs de l’antiviral tamiflu alors qu’il n’existerait  pas de véritable preuve scientifique qu’il est efficace contre l'infection humaine par le virus H5N1 et a fortiori contre un virus mutant ? Autre question : la multinationale pharmaceutique Roche qui possède le brevet a-t-elle les capacités de production suffisantes pour répondre à la demande ?. ( Cette question semble en voie d’être résolue puisque Roche s’est dit prêt à autoriser des copies du Tamiflu, devançant ainsi une éventuelle application des dérogations prévues par l'Organisation Mondiale du Commerce -OMC- qui permettent de contourner la protection résultant des brevets en cas de crise sanitaire).

Mais encore une fois, pourquoi se focaliser sur l’achat et le stockage d’antiviraux ? Ne serait-il pas plus efficace (et au passage, peut-être moins cher)  de vacciner systématiquement les volailles d'élevage dans les pays touchés, comme l’avaient préconisé des experts de la FAO, de l'OIE et de l'OMS lors d’une réunion de crise,  le 5 février 2004 ? (3)

                                    

                                                                                                                        22/10/2005

 

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1 - Communiqué de presse de la Commission du 20/10/2005,   ref.IP/05/1326 ,  «  Avian influenza: further preventive measures agreed and Russian import restrictions adopted".

2 - En France, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afass) a préconisé un renforcement des dispositifs de surveillance de la faune sauvage, la rédaction de plan d'urgence opérationnel à   l'intention des parcs ornithologiques, zoologiques et des centres de soins, le renforcement des mesures de surveillance aux frontières, des exercices d’alerte. Mais  elle n’a pas recommandé le confinement des volailles, contrairement à ce qu’ont décidé les Pays-Bas depuis cet été, et plus récemment l’Allemagne et l’Autriche. Selon le Premier ministre M.de Villepin,   50  millions de masques allaient être livrés  dans les hôpitaux et des commandes d’antiviraux avaient été passées en quantité suffisante pour pouvoir traiter 14 millions de patients. Ces antiviraux devraient être disponibles dès la fin de l’année.

3 - www.fao.org/newsroom/fr/news/2004/36647/